Posted by: Dr. Y. | May 4, 2012

Discours de Sarkozy à Dakar: le Début de la Recolonisation?

Nicolas Sarkozy, by Zapiro (source Grigrinews.com)

Nicolas Sarkozy, by Zapiro (source Grigrinews.com)

Avec les élections présidentielles en France, et surtout après le renversement des gouvernements légitimes et légaux de la Côte d’Ivoire et de la Libye par la France sous le commandement de Sarkozy, j’ai décidé de re-poster ici le discours de Sarkozy à Dakar le 26 Juillet 2007.  Il admet la faute historique de la colonisation, tout en rappelant ses “aspects positifs.” Mais la faute semble s’arrêter au lendemain des indépendances. Comme si, depuis 50 ans que les anciennes colonies françaises ont accédé à “l’indépendance”, la politique menée par la France, l’action de son armée, de ses services secrets, de ses entreprises n’avaient pas façonné l’Afrique contemporaine.  Si nous savions ce que nous savons aujourd’hui à ce moment-là, peut-être aurions-nous réagit différemment face au pillage de la Côte d’Ivoire et Libye?  Qu’à cela ne tienne, vous verrez dans son discours l’ampleur du cynisme, soif du pouvoir, racisme, condescendance, et mépris de l’Africain. Vous verrez aussi qu’il était déjà clair a ce moment-là, bien avant la chute financière de Wall Street, et de la zone Euro, que la recolonisation de l’Afrique avait commencé… L’ecrivain Achille Mbembe en fait une critique, et plutard aussi dans le Messager du 10 Août 2007.  Pour l’intégrale du discours, cliquez ici: Discours de Sarkozy a Dakar.

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Le pillage de l'Afrique

Le pillage de l’Afrique

“Je ne suis pas venu effacer le passé car le passé ne s’efface pas.
Je ne suis pas venu nier les fautes ni les crimes car il y a eu des fautes et il y a eu des crimes.
Il y a eu la traite négrière, il y a eu l’esclavage, les hommes, les femmes, les enfants achetés et vendus comme des marchandises. …
Et l’homme noir qui éternellement « entend de la cale monter les malédictions enchaînées, les hoquettements des mourants, le bruit de l’un d’entre eux qu’on jette à la mer ». Cet homme noir qui ne peut s’empêcher de se répéter sans fin « Et ce pays cria pendant des siècles que nous sommes des bêtes brutes ».[…]

Le colonisateur est venu, il a pris, il s’est servi, il a exploité, il a pillé des ressources, des richesses qui ne lui appartenaient pas. Il a dépouillé le colonisé de sa personnalité, de sa liberté, de sa terre, du fruit de son travail. […]

La colonisation n’est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de l’Afrique. Elle n’est pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux. Elle n’est pas responsable des génocides. Elle n’est pas responsable des dictateurs. Elle n’est pas responsable du fanatisme. Elle n’est pas responsable de la corruption,
de la prévarication. Elle n’est pas responsable des gaspillages et de la pollution. Mais la colonisation fut une grande faute qui fut payée par l’amertume et la souffrance de ceux qui avaient cru tout donner et qui ne comprenaient pas pourquoi on leur en voulait autant.
La colonisation fut une grande faute qui détruisit chez le colonisé l’estime de soi et fit naître dans son coeur cette haine de soi qui débouche toujours sur la haine des autres. … La colonisation fut une faute qui a changé le destin de l’Europe et le destin de l’Afrique et qui les a mêlés. Et ce destin commun a été scellé par le sang des Africains qui sont venus mourir dans les guerres européennes. […]

Le Neocolonialisme

Le Neocolonialisme (Auteur: Subito)

Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès. […]

Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin.
Le problème de l’Afrique et permettez à un ami de l’Afrique de le dire, il est là. Le défi de l’Afrique, c’est d’entrer davantage dans l’histoire. C’est de puiser en elle l’énergie, la force, l’envie, la volonté d’écouter et d’épouser sa propre histoire.
Le problème de l’Afrique, c’est de cesser de toujours répéter, de toujours ressasser, de se libérer du mythe de l’éternel retour, c’est de prendre conscience que l’âge d’or qu’elle ne cesse de regretter, ne reviendra pas pour la raison qu’il n’a jamais existé.
Le problème de l’Afrique, c’est qu’elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l’enfance.
Le problème de l’Afrique, c’est que trop souvent elle juge le présent par rapport à une pureté des origines totalement imaginaire et que personne ne peut espérer ressusciter.
Le problème de l’Afrique, ce n’est pas de s’inventer un passé plus ou moins mythique pour s’aider à supporter le présent mais de s’inventer un avenir avec des moyens qui lui soient propres.

Le problème de l’Afrique, ce n’est pas de se préparer au retour du malheur, comme si celui-ci devait indéfiniment se répéter, mais de vouloir se donner les moyens de conjurer le malheur …
Le problème de l’Afrique, c’est de rester fidèle à elle-même sans rester immobile. […]

Manuel de neocolonialisme (Original: Andy Singer)

Manuel de neocolonialisme (Original: Andy Singer)

Les civilisations sont grandes à la mesure de leur participation au grand métissage de l’esprit humain. La faiblesse de l’Afrique qui a connu sur son sol tant de civilisations brillantes, ce fut longtemps de ne pas participer assez à ce grand métissage. Elle a payé cher, l’Afrique, ce désengagement du monde qui l’a rendue si vulnérable. Mais, de ses malheurs, l’Afrique a tiré une force nouvelle en se métissant à son tour. Ce métissage, quelles que fussent les conditions douloureuses de son avènement, est la vraie force et la vraie chance de l’Afrique au moment où émerge la première civilisation mondiale. […]

Dès lors que vous regarderez bien en face la réalité de l’Afrique et que vous la prendrez à bras le corps, alors commencera la Renaissance africaine. Car le problème de l’Afrique, c’est qu’elle est devenue un mythe que chacun reconstruit pour les besoins de sa cause. Et ce mythe empêche de regarder en face la réalité de l’Afrique.
La réalité de l’Afrique, c’est une démographie trop forte pour une croissance économique trop faible.
La réalité de l’Afrique, c’est encore trop de famine, trop de misère.
La réalité de l’Afrique, c’est la rareté qui suscite la violence.
La réalité de l’Afrique, c’est le développement qui ne va pas assez vite, c’est l’agriculture qui ne produit pas assez, c’est le manque de routes, c’est le manque d’écoles, c’est le manque d’hôpitaux.
La réalité de l’Afrique, c’est un grand gaspillage d’énergie, de courage, de talents, d’intelligence.
La réalité de l’Afrique, c’est celle d’un grand continent qui a tout pour réussir et qui ne réussit pas parce qu’il n’arrive pas à se libérer de ses mythes. …”


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