Posted by: Dr. Y. | August 18, 2011

La Gourde qui Parle

Une gourde

Une gourde

Cette histoire se passe au temps de la famine la plus terrible qu’ait connue notre pays. Les animaux mouraient par milliers.  Ils quittaient les forêts ou ils ne trouvaient plus de nourriture et remontaient vers les rivières, à travers la savane et les montagnes.  Les plus faibles d’entre eux finissaient sous la dent et la griffe des plus forts. Voici comment compère lièvre, le héros aux mille tours, est parvenu, malgré sa petite taille, à se tirer d’affaire.

Compère lièvre n’avait pas mangé depuis plusieurs jours.  Très affaibli, il s’était caché sous un buisson et réfléchissait.  Je n’ai plus assez de forces pour courir très vite et échapper ainsi aux ennemis qui me guettent.  Il faut que je trouve une solution.  Si cela continue, je vais mourir.  Non ! Je ne veux pas!  Si seulement j’avais un compagnon ! A Nous deux, nous pourrions peut-être parvenir à survivre.  Cependant, si je choisis un compagnon plus fort que moi, il me dévorera sans nul doute lorsqu’il me verra dans cet état mais une idée lui vient enfin!  il va trouver son ami Kpedza, le rat palmiste trop petit, lui aussi pour être dangereux.

Compère, écoutez-moi.  J’ai besoin de vous, et vous de moi.  Ensemble, nous pouvons survivre car j’ai idée d’une ruse qui nous sauvera.

Kpedza, le rat palmiste
Kpedza, le rat palmiste

Kpedza répond: Parlez, mon compère.  J’accepte volontiers notre association.

Lièvre explique alors: Comme vous étés tout petit, mon ami, vous entrerez facilement dans la gourde que voici.  Je la mettrai sur mon dos et irai à travers tous les marchés du sud ou ne sévit pas la famine, affirmant partout que je suis un grand magicien.  Comme preuve, je montrerai aux gens que je capable de faire parler une gourde.

En effet, chaque fois que je taperai sur la gourde, vous qui serez à l’intérieur, vous pousserez de grands cris.  Tout le monde s’émerveillera et nous offrira à manger !

Idée merveilleuse! s’écrie Kpedza, mettons-la tout de suite à exécution.

Aussitôt dit aussitôt fait.  Et Kpedza, dans la gourde, et compère lièvre portant celle-ci arrivent dans un village. Lièvre se dirige vers la case du chef et, après l’avoir salué, déclare :  Je suis lièvre, le magicien, le seul au monde à pouvoir faire des prodiges. N’avez-vous pas entendu parle de moi ? Je suis celui qui rend les gourdes bavardes.

Les gourdes bavardes? Comment est-ce possible? Je voudrais bien cela, répond le chef.

Réunissez tous vos sujets sur la place! Et vous verrez comment je ferai parler la gourde que voici! Si elle n’est pas bavarde je veux bien qu’on me coupe la tête! cependant, avant de faire la démonstration de mes talents, ayez soin de me faire apporter de la nourriture afin que ma puissance magique reprenne toute sa force.

Les villageois, sur l’ordre du chef, apportent une grande de prononcer des paroles magiques au extraordinaires, il donne de la bouillie à Kpedza qui est dans la gourde.  Puis, il en mange lui aussi.  Une fois rassasié, compère lièvre se lève, frappe dans ses mains pour attirer l’attention de tous, et crie:

Braves gens, grand merci! ma puissance magique est revenue! Maintenant, faites bien attention. Il fait quelques pirouettes, agite les bras comme s’il voulait tenter de s’envoler, danse autour de la gourde puis crie :

Lièvre
Lièvre

Maintenant silence ! Ecoutez tous ! Il lève son bâton et frappe la gourde qui aussitôt se met à pousser des cris perçants : Aie ! Aie !

Les villageois sont émerveillés. Lièvre fait le même geste et chaque fois la gourde pousse une clameur différente : Arrête ! Arrête ! ou tu me fais mal, tu es une brute. Enfin la gourde déclare: maintenant, ça suffit ! Je ne dirai plus rien … Alors lièvre salue l’assistance enthousiasmée.

Compère lièvre, tout chargé de cadeaux et de vivres, quitte le village, emmenant avec lui son compère Kpedza dans la gourde.  Après une bonne journée de détente ou Kpedza est sorti quelques heures de son domicile pour, se dégourdir les jambes, ils reprennent la route, lièvre magasin portant sa gourde magique sur son dos.  A chaque village rencontré, lièvre fait la démonstration de ses talents, et les villageois, ébahis d’entendre une gourde parler aussi bien, lui donnent vivres et cadeaux.

Un jour ils s’étaient arrêtés au bord d’un marigot.  Lièvre se reposait et Kpedza, libéré de sa gourde, faisait des cabrioles sur l’herbe.  Ils riaient tous deux aux éclats de la façon dont ils dupaient les paysans.  Or, ils n’avaient pas remarqué que Sin, hyène, était cachée derrière un rocher pour les écouter. Elle a bientôt compris en quoi consistait leur magie. Et elle a bientôt comprit en quoi consistait leur magie. Et elle s’est mise à réfléchir.

Pourquoi ne pas utiliser une idée aussi fructueuse? Il y a d’autres gourdes au marché, et les petits animaux ne manquent pas. Quand à moi je vaux bien un lièvre, n’est-ce pas ?

Elle va donc chercher un autre rat du nom de Heto.  Elle réussit à le convaincre d’entrer dans la gourde et, en compagnie de Heto, commence sa carrière de magicien qui–fait-parler-les-gourdes.  Elle exécute fidèlement tout ce que faisait lièvre et dont elle avait entendu le récit.  Tout, sauf une seule chose! comme elle est très vorace, elle avale toute la nourriture offerte par les villageois sans jamais penser à rassasier son compagnon qu’elle garde enfermé comme un prisonnier.

Or lièvre entend parler d’un magicien qui lui fait concurrence. Comme il sait que, toute seule, Sin n’aurait jamais trouvé l’idée de la gourde bavarde, il comprend qu’elle a surpris son secret. Furieux, il décide de se venger. Il suit Hyène de village en village et la rattrape alors qu’elle fait la sieste sous un manguier. Profitant de son sommeil il se saisit de la gourde contenant Heto et l’ouvre.  Heto se précipite à l’extérieur en criant: j’ai faim! j’ai faim! Sin ,donnez-moi donc à manger au lieu de tout garder pour vous. Il est tout surpris de voir lièvre et il déclare immédiatement: Noble lièvre, pardonnez-moi d’avoir aidé Hyène à vous jouer un vilain tour. C’est elle qui a eu l’idée! Si vous me donnez un peu de nourriture pour reprendre des forces, je me sauverai très loin, là ou elle ne pourra plus me rattraper. Et Sin ne vous ferra plus concurrence en jouant le magicien à la gourde bavarde.

Sin, l'hyène
Sin, l’hyène

Lièvre lui donne des victuailles et Heto détale à toute vitesse dans la brousse.  Alors le rusé lièvre referme la gourde soigneusement.  Quand Sin se réveille, elle charge la gourde sur son dos et se dirige vers un nouveau village. Là, elle fait comme à l’accoutumée, va trouver le chez, lui vante ses talents magiques en disant comme lièvre:  Si je ne parviens pas à faire parler cette gourde, je veux bien qu’on me coupe la tête! maintenant, pour que ma puissance de magicien soit complète, ayez soin de me faire apporter à manger !

Toujours vorace, elle se rassasie et ne pense même pas à donner un peu de nourriture à son complice Heto qu’elle croit toujours enfermer dans la gourde.  Quand elle a raclé tous les plats elle déclare devant les villageois rassemblés pour le spectacle: maintenant, vous allez voir! attention je commence !

Avec son bâton, elle frappe la gourde. Rien ! Pas un son ! Elle tape plus fort.  Le silence le plus complet lui répond. Eberluée, elle agite vigoureusement la gourde en se disant: ce paresseux de Heto doit dormirIl faut que je le réveille.  Toujours le  silence le plus complet. JE t’en prie, gourde, ne sois pas sotte! parle-moi! supplie-t-elle.

Pas de réponse! la gourde s’obstine à rester muette! Et pour cause! puisque Heto n’est plus à l’intérieur.  Devant les vains efforts de hyène, les villageois éclatent de rire, car ils pensent tous que le spectacle débute ainsi.  Mais après un moment, ils comprennent que le soi disant magicien est incapable de les émerveiller.  Ils se jettent alors sur sin pour la rouer de coups.  Celle –ci  a beau crier, dans son épouvante : Arrêtez! arrêtez! j’ai oublié les paroles de la gourde à la maison! laissez-moi aller les chercher!

Les villageois sont trop furieux d’avoir donné pour rien de la nourriture à hyène.  Ils tapent à coup redoublés sur le dos et la tête de la malheureuse.  Voleuse ! Voleuse ! Tu as cru nous berner ? Eh bien tu vas voir ! Tu ne recommenceras jamais plus !

Et Sin, assommée, finit par s’écrouler sur le sol. Nos ancêtres le disaient bien : l’homme enrhumé, qui tousse sans arrêt, n’entonne pas le difficile chant funèbre qui demande du souffle.  Pour prétendre réussir dans une entreprise, il faut d’abord réfléchir et vérifier si l’on a les compétences nécessaires à son exécution.

Conte Kotokoli tiré de “Contes des Lagunes et Savanes,” Collection ‘Fleuve et Flamme,’ édition Edicef, 1975.


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