Compère Lièvre et les Ignames

Lievre
Lievre

Les hommes de la savane savent tout qu’Azui, le lièvre, est le plus astucieux des animaux.  Mais ils sont si vaniteux qu’ils sont sûrs, eux, d’être plus intelligents que compère lièvre et disent tous :  Moi, homme, je ne peux pas être dupé par un animal, même par le plus rusé de tous !

Des ignames
Des ignames

Voici pourtant ce qui est arrivé un jour.  Dans la forêt, et dans la savane voisine, il n’y avait presque plus rien à manger cette année-là.  Les animaux, affamés, sortaient de la brousse et venaient rôder autour des villages, cherchant sur le sol le moindre grain de mil oublié.  Azui s’était caché dans un fourré, non loin du chemin que suivaient les paysans pour aller cultiver leurs champs.  Il a observé un homme qui tous les soirs, s’en revenait chez lui, portant de grosses ignames sur la tête.  Que faire pour s’en emparer ? Le lendemain, un peu avant le passage de l’homme sur le chemin, Compère lièvre s’y étend sans bouger, contrefaisant le mort.  L’homme arrive près de lui, voit : Voilà un lièvre qui n’est pas mort depuis bien longtemps, se dit-il.  Je vais aller déposer mes ignames près de la hutte, à la lisière de la forêt, et je vais revenir chercher cet animal.  Puis il se remet en marche.  Dès qu’il a disparu, Compère lièvre se relève et court par un raccourci, en direction de la hutte.  Quand il y arrive, il trouve les ignames que l’homme a déposées avant de revenir sur ses pas chercher le lièvre qu’il croit mort.  Azui ramasse les ignames, les charge sur son dos et file à toute vitesse vers sa maison, tout content d’avoir à manger pour plusieurs jours.  Quand à l’homme, bien entendu, il ne trouve pas le lièvre mort sur le chemin … pas plus que les ignames, quand il est de retour à la hutte.  Il comprend alors un peu tard qu’il a été dupé par le rusé animal.  Ah oui ! Vraiment, on peut dire que compère lièvre est le plus astucieux de tous les êtres vivants de la savane !

Conte tiré de “Contes des Lagunes et Savanes,” Collection ‘Fleuve et Flamme,’ édition Edicef, 1975

Pourquoi le Lièvre a la Peau Tachetée de Blanc

 

Lievre
Lièvre

Il y avait une fois un village qui se trouvait loin de toute rivière et de tout marigot.  Tous les jours, les habitants devaient faire une longue, longue marche pour aller prendre l’eau qui leur était nécessaire.  Et lorsqu’ils revenaient, portant les canaris pleins sur leur tête, ils étaient très fatigués.  Tous désiraient vivement que l’on creuse un puits dans le village afin de cesser tout va-et-vient pour transporter l’eau.  Mais, pour faire creuser un puits, il faut de l’argent.  Et personne n’en avait.

Le chef, Lion, songeait sans arrêt à ce problème.  Un beau jour, il lui vient une idée.  Il convoque les habitants et leur dit : « Frères animaux, voici ce que je vous propose.  Chacun d’entre nous va ôter sa peau et aller la vendre au marché ou bien il la tannera pour en faire un tam-tam qu’il vendra également.  Ainsi nous aurons l’argent nécessaire pour faire construire le puits. »

Tous les animaux acceptent.  Ils ôtent leur peau, la portent au marché et la vendent.  D’autres s’en servent pour fabriquer des tambours.  Bientôt, tous ont un peu d’argent.  Tous, sauf Compère Lièvre qui n’avait pas voulu sacrifier son cher pelage et s’était sauvé.  Les villageois achètent les outils et tout ce qu’il faut et entreprennent immédiatement la confection du puits.  Une fois, que celui-ci ait terminée, on fait une grande fête pour célébrer l’évènement.  Chaque soir, les épouses vont puiser de l’eau.  A la tombée de la nuit, on referme soigneusement le puits.

Puits africain
Puits africain

Or, un beau matin, les gens aperçoivent des traces humides sur la terre et sur la margelle.  Quelqu’un est venu prendre de l’eau pendant la nuit !  Mais qui a fait cela ?  Nul ne le sait.

Chef Lion demande à la panthère de monter la garde et de s’emparer de toute personne  qui s’approchera de l’eau.

Lorsque les ténèbres sont très épaisses, Compère Lièvre, car c’était lui le voleur, arrive tout doucement avec son canari.  Il voit la Panthère et se met à faire des bruits étranges pour qu’elle pense qu’il y a un fantôme par là.  Celle-ci entend ces bruits et, terrifiée, s’enfuit.  Alors, le lendemain, voyant qu’on avait encore touché à l’eau, les villageois préparent un piège.  Ils prennent un gros morceau de bois et le badigeonnent de glu puis le placent tout contre la margelle du puits.

Quand l’obscurité règne à nouveau, Compère lièvre arrive.  Il s’approche du puits, se penche sur le rebord en s’appuyant sur le bois.  Et ses mains se trouvent collées.  Compère lièvre croit que quelqu’un l’a saisi et ne veut plus le lâcher.  « Lâche-moi, il, lâche-moi ou je te donne des coups de pied

Se voyant encore prisonnier, Lièvre se débat violemment et tente de frapper son ennemi avec ses pieds qui, bientôt, se trouvent collés aussi.  A l’aube, les animaux arrivent au puits et découvrent Lièvre, bien fixé au morceau de bois par la glu.

« Nous allons le tuer ce vaurien ! crient-ils pour nous venger, nous allons le préparer comme de la viande fumée.  Vite, allumons un grand feu

Compère lièvre n’en mène pas large et il réfléchit au moyen de se tirer de ce tirer de ce mauvais pas.  « Voyons, mes amis, déclare-t-il, vous ne savez donc pas comment on fume un lièvre ?  Il faut toujours l’envelopper de coton et on met le feu à celui-ci. »

Alors les animaux du village le décollent du morceau de bois, apportent un sac de coton, le roulent dedans.  Avant qu’on n’ait eu le temps d’y mettre le feu, compère lièvre se libère et se sauve à toute vitesse.  Mais les lièvres ont toujours dans  leur pelage les petites touffes de coton blanc.

Conte Komkomba tiré de “Contes des Lagunes et Savanes,” Collection ‘Fleuve et Flamme,’ édition Edicef, 1975

Un Prêté vaut un Rendu

Tortue
Tortue

Tortue et serpent étaient de très grands amis.  Ils se rencontraient fréquemment, passaient de longues heures à converser ensemble.  Souvent, Tortue invitait son compère à partager son repas, quand ce n’était pas serpent qui invitait sa commère.  Bref, tout le monde les appelait les inséparables.  Pourtant un jour, ils se sont fâchés et jamais plus on ne les a vus ensemble.  Leurs voisins étaient très intrigués par cette brouille et auraient bien voulu savoir ce qui s’était passé.  Ils les ont questionnés l’un et l’autre voici ce qu’ils ont fini par apprendre.

Tortue avait prié son ami de venir manger chez elle serpent s’est mis en route, ayant appétit.  Quand il arrive au domicile de son amie, une odeur délicieuse l’accueille, mais il n’y a personne pour le recevoir à l’entrée de la maison.  Il appelle; pas de réponse! alors, il pousse la porte et entre.  Au milieu de la pièce, se trouve une grosse calebasse d’où s’élève un fumet de bonne nourriture.  Mais le récipient est recouvert d’un énorme couvercle.  C’est tortue qui s’est étendue là pour jouer un vilain tour à son compère. Hé, compère, que fais-tu donc là ?  S’écrie serpent, fort surpris de cette attitude.  Ne vois-tu pas qu’avec ta grosse carapace, tu couvres tout le plat et que je ne puis me servir ?  Est-ce une chose à faire ?  ôte-toi de là car j’ai grand appétit.

Serpent (Cobra)
Serpent (Cobra)

Tortue ne bouge ni ne répond, si ce n’est par un ricanement moqueur.  Serpent attend quelques instants espérant qu’elle voudra bien  libérer la calebasse.  Puis voyant qu’elle se moque de lui, il s’en va, pas content du tout.

Quelques jours passent.  Enfin, un beau matin, serpent envoie un de ses fils inviter son amie tortue à venir partager son repas.  Celle-ci fait arrivée, elle découvre serpent soigneusement enroulé sur lui-même et formant un gros couvercle qui bouche entièrement le plat de nourriture avec les anneaux de son corps.

Hé compère, que fais-tu là ? S’écrie-t-elle.  En voilà un couvercle pour Une calebasse !  Pousse-toi donc afin que je me serve à manger.

Serpent se garde de bouger.  Mais il lui répond d’une voix sifflante de colère :

Chère sœur, as-tu donc oublié le vilain tour que tu m’as joué la dernière fois que j’ai été ton invité ?  Si c’est ainsi que tu reçois tes amis, pourquoi veux-tu que je n’aie pas la même attitude ?  Mon devoir est de te rendre la pareille.  Pour honorer ta générosité, je te rends ainsi le bon repas que tu m’as offert !  Peut-on garder des amis si on se moque d’eux ?  Si vous agissez mal envers quelqu’un, pourquoi voudriez-vous que, lui, agisse bien envers vous ?

Conte tiré de “Contes des Lagunes et Savanes,” Collection ‘Fleuve et Flamme,’ édition Edicef, 1975

Compère Lièvre et Compère Singe

Compère Singe
Compère Singe

Il était une fois deux grands amis, Compère singe et Compère lièvre, le roi de la ruse.  Un jour, ils étaient allés chasser ensemble.  Mais, avant de partir, compère lièvre avait bourré ses joues de sel, prévoyant de jouer un vilain tour à son compagnon.  Le vent, très violent, apporte tout à coup des débris de feuilles mortes mêlées de poussière dans les yeux de linge, l’aveuglant complètement :  Frère, dit-il à son ami sur un ton suppliant, je n’y vois plus goutte.  Je t’en prie !  Souffle-moi dans les yeux pour m’enlever ces poussières qui me font souffrir.

Compère lièvre sourit car c’est bien ce qu’il a prévu.  Il s’approche de son compagnon et souffle dans les yeux de celui-ci tout le sel qu’il conservait dans ses joues.

Le pauvre singe pousse un hurlement de douleur tandis que les larmes ruissellement sur son visage.  Il comprend alors que son ancien ami veut sa mort et s’enfuit en se heurtant contre tous les obstacles qu’il rencontre sans pouvoir les apercevoir.

Seigneur lion, entendant les cris de douleur de l’infortuné, accourt, arrête le malheureux singe aveugle et l’interroge.  Singe lui raconte alors son aventure et lui explique de quelle manière compère lièvre a voulu le tuer pour le dévorer.

Compère Lièvre
Compère Lièvre

Seigneur lion, pris de pitié, accepte de souffler sur les yeux de singe pour le débarrasser des débris de feuilles, des poussières et du sel qui le font si fort souffrir.  Mais lorsqu’il commence à souffler, un peu de sel vole jusqu’au visage du roi des animaux qui, rendu furieux par la souffrance, d’un coup de dent, arrache un œil de singe et l’avale.

Singe, hurlant de douleur, prend aussitôt la fuite.  Seigneur lion se lance à sa poursuite.  Mais les frères de singe viennent au secours du pauvre borgne et le font grimper tout en haut d’un arbre.  Là-haut, une fois en sécurité, singe remercie ses frères et leur raconte ses malheurs.  Chacun des singes décide de l’aider.  L’un après l’autre, ils rétrécissent leurs yeux et en prélèvent un petit morceau.  Puis avec ce que tous ont sacrifié, ils fabriquent un œil tout neuf pour leur frère.

C’est pourquoi, vous le remarquerez facilement, maintenant, les singes ont de petits yeux bien enfoncés dans le crâne.

Conte tiré de “Contes des Lagunes et Savanes,” Collection ‘Fleuve et Flamme,’ édition Edicef, 1975

Pourquoi les Roussettes dorment la tete en bas!

Des roussettes - la tete en bas!
Des roussettes - la tete en bas!

Vous est-il jamais arrivé de vous reveiller la tête en bas, toute retournée avec des idées confuses ou brouillées? …  Rien de mieux que ce beau conte africain sur la raison pour laquelle les roussettes dorment la tête en bas! Amusez-vous bien!

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Les animaux ont chacun leur façon de se reposer : certains se couchent par terre, d’autres se réfugient dans des terriers, d’autres se perchent sur les branches.  Seuls les membres de la famille des chauves-souris, et en particulier les grandes roussettes, s’accrochent aux branches la tête en bas, le derrière tourné vers le ciel.  Et pourtant, autrefois, elles se perchaient normalement sur les branches, la tête en haut, comme les oiseaux.

Voulez –vous  savoir pourquoi ? Oui, alors voici ce qui est arrivé. Continue reading “Pourquoi les Roussettes dorment la tete en bas!”

L’Araignée et le Poisson-Silure

Kakou Ananzé
Kakou Ananzé

Il était une fois une araignée qui s’appelait Kakou Ananzè.  Il habitait dans un village complètement ruiné par la sécheresse qui sévissait dans le pays.  La famine était atroce et les gens mouraient comme des mouches.

Kakou à moitié mort de faim, décide de se traîner jusqu’à la rivière pour pecher.  Il n’y avait plus qu’un petit filet  d’eau.  Araignée s’assied sur une grosse pierre et surveille sa ligne.  Le flotteur ne bouge pas.  Les heures passent sans qu’il attrape le moindre petit poisson.  La faim le dechire.  Il va abandonner cette vaine recherche de nourriture quand tout d’un coup, la ligne bouge, le flotter s’enfonce.  Fort ! Kakou Ananzè d’un coup sec, tire et sort de l’eau un petit silure gros comme le doigt d’un nouveau-né.  Au moment ou il allait l’avaler tout cru, le poisson se, met à parler :  Compère Araignée, laisse-moi la vie sauve ! aie pitié de, moi ! si tu  à l’eau, je te donnerai un bon conseil et tu ne te repentiras pas de m’avoir écouté.

Araignée hésite.  Mais le silure est si petit qu’il n’apaisera pas sa faim.  Alors il le libère et le remet à l’eau.  Avant de s’en aller en frétillant, le silure remercie Kakou Ananzè en ces termes : Grand merci, comprend  Araignée ! Maintenant, grimpe jusqu’à la troisième branche de ce gros fromager.  Quand tu seras là haut, ferme les yeux et saute.  Tu verras que tu ne regretteras pas de m’avoir obéi.

Poisson-Silure
Poisson-Silure

Kakou fait tout ce que le silure lui a conseillé.  Une fois sur la branche, il ferme les yeux et saute dans le vide.  Quand il touche le sol, il regarde vite autour de lui et sa surprise est grande.  Il se trouve dans une ville magnifique aux maisons luxueuses, aux jardins pleins de fleurs et de fruits.  Les habitants, qui sont tous riches l’emmènent au palais de la reine de ce pays magique qui lui dit alors :  Ici tu peux faire tout ce que tu veux et vivre comme tu l’entends. Une seule chose t’est interdite.  Ne te regarde pas dans le miroir qui est accroché à ce mur.  Si tu respectes cet ordre ; tu seras désormais des nôtres.

Kakou Ananzè obéit pendant plusieurs mois et vit heureux dans le luxe et l’abondance.  Cependant la curiosité le tenaille et il pense toujours au miroir.  Pourrquoi ne puis-je me contempler dans cette glace, se dit-il.  Pourquoi me le défend-on ? Je voudrais bien essayer, une fois seulement pour savoir.

Un beau jour, il n’y tient plus.  Il va dans la grande salle, s’approche du mur ou est accroché le miroir et lève les yeux.  Frrrt ! Il se retrouve aussitôt sur les bords de la rivière de son pays natal, exactement à l’endroit ou il avait péché le petit silure.  Alors, dans son chagrin, il appelle : Poisson ! compère Poisson ! Reviens ! cher petit Silure ! aide-moi !

L’eau frémit et la tête du petit silure apparaît.  Il ouvre la bouche et lui dit : Je veux bien t’aider, araignée ! Alors kakou Ananzè se précipite vers le fromager, grimpe jusqu’à la troisième branche, ferme les yeux et sans hésiter une seconde, saute … Et son corps s’écrase  sur le sol au pied de l’arbre. 

C’est pourquoi l’on dit chez nous qu’il ne faut pas être curieux car la curiosité est souvent punie.

Conte tiré de “Contes des Lagunes et Savanes,” Collection ‘Fleuve et Flamme,’ édition Edicef, 1975

Le Chef Poltron

Village africain
Village africain

Autrefois, au plus profond d’une profonde forêt, se trouvait un gros village appelé Ganda. Le chef de ce village s’appelait Kanomba et son épouse Okorou. Ils avaient un fils nommé Aba-soko.

Le chef tenait à avoir une bonne réputation. Quand il avait trois cauris, il en donnait un à sa femme et un à son fils. Il gardait le troisième pour lui. Il voulait se faire passer pour un homme généreux, mais c’était le roi des avares. Aucune richesse, aucun pagne, aucune pièce d’or, aucun grain de riz ne sortait de chez lui pour aider un pauvre ou un orphelin.

Le chef parlait toujours de son courage et donnait des leçons à tous de son courage et donnait des leçons à tous sur la façon de se battre, de se comporter en brave. Mais jamais il n’avait cherché l’occasion de montrer son courage. Quand  l’occasion se présentait, il était malheureusement malade. Or ce chef n’était qu’un poltron, et voilà comment on l’a appris.

Régime de banane plantain
Régime de banane plantain

Un soir, Kanomba revient de son champ plus tard que d’habitude. Marche courbé en boitant. Son œil gauche est jonglé et à moitié fermé.  Il paraît très fatigué.  Tous les villageois qui le rencontrent l’interrogent, mais il répond en bredouillant :  Je suis tombé d’un arbre, ou je me suis cogné à une branche ou des guêpes m’ont piqué.  Il ment certainement! Que s’est-il donc passé? Quand il arrive chez lui, le chef Kanomba se laisse tomber sur un tabouret bas et fait appeler sa voisine:  Gbré! Gbré! vient vite, le chef veut te parler !

Voila donc la femme qui abandonne sa marmite et qui se présente devant le chef. Celui –ci lui dit :  Gbré, j’ai décidé de te récompenser. Demain tu iras dans ma plantation et tu pourras couper le plus gros régime de banane plantain que tu trouveras, je te le donne.  N’oublie pas de prendre ta meilleure machette et de l’aiguiser soigneusement. Continue reading “Le Chef Poltron”

Compère Lièvre et les Ignames

Azui, compère Lièvre
Azui, compère Lièvre

Les hommes de la savane savent tout qu’Azui, le lièvre, est le plus astucieux des animaux. Mais ils sont si vaniteux qu’ils sont sûrs, eux, d’être plus intelligents que compère lièvre et disent tous : Moi, homme, je ne peux pas être dupé par un animal, même par le
plus rusé de tous !

Voici pourtant ce qui est arrivé un jour. Dans la forêt, et dans la savane voisine, il n’y avait presque plus rien à manger cette année-là .Les animaux, affamés, sortaient de la brousse et venaient rôder autour des villages, cherchant sur le sol le moindre grain de mil oublié. Azui s’était caché dans un fourré, non loin du chemin que suivaient les paysans pour aller cultiver leurs champs.  Il a observé un homme qui tous les soirs, s’en revenait chez lui, portant de grosses ignames sur la tête.  Que faire pour s’en
emparer?  Le lendemain, un peu avant le passage de l’homme sur le chemin, Compère lièvre s’y étend sans bouger, contrefaisant le mort.  L’homme arrive près de lui, voit : Voilà un lièvre qui n’est pas mort depuis bien longtemps, se dit-il.  Je vais aller déposer mes ignames près de la hutte, à la lisière de la forêt, et je vais revenir chercher cet animal.

Des ignames
Des ignames

Puis il se remet en marche.  Dès qu’il a disparu, Compère lièvre se relève et court par un raccourci, en direction de la hutte.  Quand il y arrive, il trouve les ignames que l’homme a déposées avant de revenir sur ses pas chercher le lièvre qu’il croit mort.

Azui ramasse les ignames, les charge sur son dos et file à toute vitesse vers sa maison, tout content d’avoir à manger pour
plusieurs jours.  Quand à l’homme, bien entendu, il ne trouve pas le lièvre mort sur le chemin …pas plus que les ignames, quand il est de retour à la hutte.  Il comprend alors un peu tard qu’il a été dupé par le rusé animal.  Ah oui ! Vraiment, on peut dire que compère lièvre est le plus astucieux de tous les êtres vivants de la savane !

Conte tiré de “Contes des Lagunes et Savanes,” Collection ‘Fleuve et Flamme,’ édition Edicef, 1975.

La Gourde qui Parle

Une gourde
Une gourde

Cette histoire se passe au temps de la famine la plus terrible qu’ait connue notre pays. Les animaux mouraient par milliers.  Ils quittaient les forêts ou ils ne trouvaient plus de nourriture et remontaient vers les rivières, à travers la savane et les montagnes.  Les plus faibles d’entre eux finissaient sous la dent et la griffe des plus forts. Voici comment compère lièvre, le héros aux mille tours, est parvenu, malgré sa petite taille, à se tirer d’affaire.

Compère lièvre n’avait pas mangé depuis plusieurs jours.  Très affaibli, il s’était caché sous un buisson et réfléchissait.  Je n’ai plus assez de forces pour courir très vite et échapper ainsi aux ennemis qui me guettent.  Il faut que je trouve une solution.  Si cela continue, je vais mourir.  Non ! Je ne veux pas!  Si seulement j’avais un compagnon ! A Nous deux, nous pourrions peut-être parvenir à survivre.  Cependant, si je choisis un compagnon plus fort que moi, il me dévorera sans nul doute lorsqu’il me verra dans cet état mais une idée lui vient enfin!  il va trouver son ami Kpedza, le rat palmiste trop petit, lui aussi pour être dangereux.

Compère, écoutez-moi.  J’ai besoin de vous, et vous de moi.  Ensemble, nous pouvons survivre car j’ai idée d’une ruse qui nous sauvera.

Kpedza, le rat palmiste
Kpedza, le rat palmiste

Kpedza répond: Parlez, mon compère.  J’accepte volontiers notre association.

Lièvre explique alors: Comme vous étés tout petit, mon ami, vous entrerez facilement dans la gourde que voici.  Je la mettrai sur mon dos et irai à travers tous les marchés du sud ou ne sévit pas la famine, affirmant partout que je suis un grand magicien.  Comme preuve, je montrerai aux gens que je capable de faire parler une gourde.

En effet, chaque fois que je taperai sur la gourde, vous qui serez à l’intérieur, vous pousserez de grands cris.  Tout le monde s’émerveillera et nous offrira à manger !

Idée merveilleuse! s’écrie Kpedza, mettons-la tout de suite à exécution.

Continue reading “La Gourde qui Parle”

Comment l’Araignée a été punie de sa Malhonnêteté

Panthère
Panthère

Il était une fois un petit village perdu dans une grande forêt. Et dans cette forêt, vivait une panthère très rusée qui chaque nuit, venait dévorer les animaux domestiques des villageois. Le chef avait beau envoyer les meilleurs chasseurs poursuivre la bête féroce, nul ne parvenait seulement à l’approcher. Et, malgré les pièges tendus, malgré les soldats qui faisaient le guet, tous les matins, une chèvre, ou un mouton, ou une génisse avaient disparu, emportés par la panthère.

Le chef fait retentir le gong qui convoque tous les habitants du pays et lorsque tout le monde est rassemblé, il déclare: “Villageois, il faut nous débarrasser de cette bête féroce qui dévaste nos troupeaux! En tant que chef de la communauté et maître de la terre, je jure de donner la donner la moitie des richesses du village au chasseur assez fort pour la ruer et nous apporter sa peau comme preuve de sa prouesse.

Malgré cette promesse, aucun chasseur ne se présente car tous avaient tenté de poursuivre l’animal, mais nul n’était un génie invincible.

Kakou Ananze
Kakou Ananze

Mais Kakou Ananzè, l’Araignée, se trouve passer dans le village on lui raconte l’affaire et il va trouver le chef: “Dans sept jours à partir d’aujourd’hui, je t’apporterai la peau de ton ennemie”, déclare-t-il soigneusement.

Kakou Ananzè est très rusé, et grand inventeur  de fourberies; tout le monde sait cela. C’est pourquoi il quitte le village, prend le chemin de la forêt, armée de flèches et de sagaies. Mais au lieu de se lancer sur les traces de la panthère, il se rend dans une ville assez éloignée et, pendant la nuit, vole la peau de panthère qui décore la case du roi. Puis, il repart sans être vu.

Le matin du septième jour, Kakou Ananzè revient triomphalement trouver le chef qui a promis la moitie des richesses de la communauté et jette la peau de panthère à ses pieds. Les gens s’émerveillent de son habilité et de son courage.

J’ai suivi la bête féroce sept jours et sept nuits sans me lasser, déclare-t-il, d’une voix forte. Et au milieu de la septième nuit, je l’ai tuée ! Continue reading “Comment l’Araignée a été punie de sa Malhonnêteté”