Posted by: Dr. Y. | June 21, 2011

L’origine de l’igname

L'igname (yam)

L'igname (yam)

Y a – t-il quelque chose de plus important que l’igname dans nos village? Pourrait-on vivre sans des cérémonies : la fête des ignames; C’est comme si on célébrait l’anniversaire de ces gros tubercules à la brune et à la chair  blanche. Sans eux les hommes perdraient leur force, les femmes deviendrait  malades, les villages se dé-peupleraient. Et pourtant, vous aurez sans doute du mal à le croire ; C’est un chasseur courageux  qui l’a apportée aux hommes. Voici comment les choses se sont passées, ou du moins voici ce qu’on raconte à ce sujet, le soir, dans nos villages.

Selon la coutume, le cinquième jour de la semaine ne ressemble pas du tout aux autres: en effet, ce jour-là il est interdit de travailler. Personne ne peut donc se rendre en brousse pour y chasser ou cultiver la terre. On dit que les génies de l’eau et de la forêt se sont réservés ce jour pour faire leurs cérémonies. Alors, gare à celui qui ose s’aventurer en brousse: il court de graves dangers.

Gossan, le plus fameux des chasseurs de la région, n’ignore pas ces dangers quand il décide d’aller à la chasse, le cinquième jour de la semaine. Il est très brave. Il ne connaît ni la peur ni la fatigue. Il veut savoir si la coutume de ne pas travailler durant le cinquième jour de la semaine est justifiée ou non.

Au lever du soleil il prend son arc et ses flèches. D’un pas décidé, il s’enfonce dans la forêt. Peu de temps après, il est déjà si loin que les cocoricos des coqs du village ne lui parviennent plus. Il continue à marcher, s’enfonçant toujours plus profondément  dans la forêt mystérieuse. Le soleil est maintenant au plus haut dans le ciel. Il commence à faire très chaud sous les arbres donc les arbres forment un véritable plafond. Gossan n’a encore rien tué. Va-t-il, pour la première fois de sa vie, rentrer bredouille? Non, il lui faut du gibier. Malgré ses efforts il n’aperçoit pas d’animaux: ni ceux qui volent, ni ceux qui nagent ni ceux qui marchent, ni ceux qui rampent. La forêt est déserte. Même les mouches et les moustiques, d’habitude si agaçant, sont invisibles. Vraiment, ce n’est pas du tout un jour comme les autres! Les anciens ont peut-être raison. Soudain la forêt est  plongée dans l’obscurité la plus complète.  Gossan ne voit même plus ses mains, ni son arc, ni ses flèches. Il sent qu’on lui enlève ses armes, mais si rapidement et avec une telle adresse qu’il ne peut rien faire pour les retenir. Il décide alors de faire demi-tour et de revenir au village. Il est surpris de tout ce qui lui arrive mais la peur n’est pas encore entrée dans son cœur. Il se met en route pour le village, à tâtons. Avec cette obscurité épaisse  il n’est pas près d’arrivé. A quelques mètres de lui, il entend tout à coup un bruit. On croirait que quelque chose de lourd vient de tomber. Quittant le sentier, Gossan s’enfonce dans les buissons et là, au milieu d’herbe roussies, il aperçoit vaguement quelque chose qui ressemble à de gros cailloux ronds et noirâtres. Une fumée légère s’élève autour de ces objets, une vague lueur rougeâtre, venue d’on ne sait ou, les claires. Il se penche et reconnaît de gros tubercules. Ils ressemblent un peu aux racines sauvages que les gens du village vont déterrer dans la forêt. Mais jamais Gossan n’en a rencontré d’aussi gros, aux formes aussi régulières. Il s’avance pour les ramasser mais, au moment même ou il va les toucher, un choc violent le fait tomber. Il s’écroule, sans connaissance.

Des génies sortent alors des buissons épais où ils se cachaient. Certains sont des géants de plus de trois mètres. Autres sont des nains, de la taille du petit calao, et ils sautillent entre les jambes des géants. Ils transportent Gossan dans une grotte divisée en plusieurs compartiment. Ils le frottent avec des feuilles. Son corps est enduit de kaolin. Ils lui font boire la sève de certains arbres. Quand il revient à lui il a perdu la mémoire; en revanche, il comprend et parle la langue des génies. Ceux-ci lui font subir des épreuves difficiles et même cruelles. Mais grâce à son courage et à son intelligence, Gossan réussit à surmonter toutes les épreuves, à déjouer tous les pièges. Aucun obstacle ne l’arrête. Les génies admirent de plus en plus cet homme qui connaît tant de secrets. Comme récompense, ils décident de lui apprendre quelque chose qu’il ne connaît pas encore, quelque chose qu’aucun homme sur terre ne connaît. C’est ainsi qu’ils lui montrent un des gros tubercules qu’il a aperçus dans le forêt, le jour de sa capture ils l’appellent ché, ce tubercule ils disent à Gossan: “Depuis que tu es chez nous tu n’as mangé que cela, et pourtant tu as conservé ta force, ton adresse, ta vivacité d’esprit. Maintenant tu es libre. Tu peux repartir chez les tiens en emportant ce tubercule. Ceux qui en mangeront seront  forts: les hommes seront infatigables, les femmes auront beaucoup d’enfants et la maladie ne pourra atteindre ces enfants.”

Gossan remercie les génies qui le raccompagnent  jusqu’aux abords du village, car il a oublié le chemin. Tous ses parents et ses amis qui le croyaient mort fêtent joyeusement son retour. Apres la fête, on plante le tubercule qu’il a rapporté. Et c’est de là que proviennent toutes l’igname.

Conte tiré de “Contes des Lagunes et Savanes,” Collection ‘Fleuve et Flamme,’ édition Edicef, 1975.


Responses

  1. Si je peux me permettre de demander, vous etes d’ou ?

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