L’Araignée et le Poisson-Silure

Kakou Ananzé
Kakou Ananzé

Il était une fois une araignée qui s’appelait Kakou Ananzè.  Il habitait dans un village complètement ruiné par la sécheresse qui sévissait dans le pays.  La famine était atroce et les gens mouraient comme des mouches.

Kakou à moitié mort de faim, décide de se traîner jusqu’à la rivière pour pecher.  Il n’y avait plus qu’un petit filet  d’eau.  Araignée s’assied sur une grosse pierre et surveille sa ligne.  Le flotteur ne bouge pas.  Les heures passent sans qu’il attrape le moindre petit poisson.  La faim le dechire.  Il va abandonner cette vaine recherche de nourriture quand tout d’un coup, la ligne bouge, le flotter s’enfonce.  Fort ! Kakou Ananzè d’un coup sec, tire et sort de l’eau un petit silure gros comme le doigt d’un nouveau-né.  Au moment ou il allait l’avaler tout cru, le poisson se, met à parler :  Compère Araignée, laisse-moi la vie sauve ! aie pitié de, moi ! si tu  à l’eau, je te donnerai un bon conseil et tu ne te repentiras pas de m’avoir écouté.

Araignée hésite.  Mais le silure est si petit qu’il n’apaisera pas sa faim.  Alors il le libère et le remet à l’eau.  Avant de s’en aller en frétillant, le silure remercie Kakou Ananzè en ces termes : Grand merci, comprend  Araignée ! Maintenant, grimpe jusqu’à la troisième branche de ce gros fromager.  Quand tu seras là haut, ferme les yeux et saute.  Tu verras que tu ne regretteras pas de m’avoir obéi.

Poisson-Silure
Poisson-Silure

Kakou fait tout ce que le silure lui a conseillé.  Une fois sur la branche, il ferme les yeux et saute dans le vide.  Quand il touche le sol, il regarde vite autour de lui et sa surprise est grande.  Il se trouve dans une ville magnifique aux maisons luxueuses, aux jardins pleins de fleurs et de fruits.  Les habitants, qui sont tous riches l’emmènent au palais de la reine de ce pays magique qui lui dit alors :  Ici tu peux faire tout ce que tu veux et vivre comme tu l’entends. Une seule chose t’est interdite.  Ne te regarde pas dans le miroir qui est accroché à ce mur.  Si tu respectes cet ordre ; tu seras désormais des nôtres.

Kakou Ananzè obéit pendant plusieurs mois et vit heureux dans le luxe et l’abondance.  Cependant la curiosité le tenaille et il pense toujours au miroir.  Pourrquoi ne puis-je me contempler dans cette glace, se dit-il.  Pourquoi me le défend-on ? Je voudrais bien essayer, une fois seulement pour savoir.

Un beau jour, il n’y tient plus.  Il va dans la grande salle, s’approche du mur ou est accroché le miroir et lève les yeux.  Frrrt ! Il se retrouve aussitôt sur les bords de la rivière de son pays natal, exactement à l’endroit ou il avait péché le petit silure.  Alors, dans son chagrin, il appelle : Poisson ! compère Poisson ! Reviens ! cher petit Silure ! aide-moi !

L’eau frémit et la tête du petit silure apparaît.  Il ouvre la bouche et lui dit : Je veux bien t’aider, araignée ! Alors kakou Ananzè se précipite vers le fromager, grimpe jusqu’à la troisième branche, ferme les yeux et sans hésiter une seconde, saute … Et son corps s’écrase  sur le sol au pied de l’arbre. 

C’est pourquoi l’on dit chez nous qu’il ne faut pas être curieux car la curiosité est souvent punie.

Conte tiré de “Contes des Lagunes et Savanes,” Collection ‘Fleuve et Flamme,’ édition Edicef, 1975

Le Chef Poltron

Village africain
Village africain

Autrefois, au plus profond d’une profonde forêt, se trouvait un gros village appelé Ganda. Le chef de ce village s’appelait Kanomba et son épouse Okorou. Ils avaient un fils nommé Aba-soko.

Le chef tenait à avoir une bonne réputation. Quand il avait trois cauris, il en donnait un à sa femme et un à son fils. Il gardait le troisième pour lui. Il voulait se faire passer pour un homme généreux, mais c’était le roi des avares. Aucune richesse, aucun pagne, aucune pièce d’or, aucun grain de riz ne sortait de chez lui pour aider un pauvre ou un orphelin.

Le chef parlait toujours de son courage et donnait des leçons à tous de son courage et donnait des leçons à tous sur la façon de se battre, de se comporter en brave. Mais jamais il n’avait cherché l’occasion de montrer son courage. Quand  l’occasion se présentait, il était malheureusement malade. Or ce chef n’était qu’un poltron, et voilà comment on l’a appris.

Régime de banane plantain
Régime de banane plantain

Un soir, Kanomba revient de son champ plus tard que d’habitude. Marche courbé en boitant. Son œil gauche est jonglé et à moitié fermé.  Il paraît très fatigué.  Tous les villageois qui le rencontrent l’interrogent, mais il répond en bredouillant :  Je suis tombé d’un arbre, ou je me suis cogné à une branche ou des guêpes m’ont piqué.  Il ment certainement! Que s’est-il donc passé? Quand il arrive chez lui, le chef Kanomba se laisse tomber sur un tabouret bas et fait appeler sa voisine:  Gbré! Gbré! vient vite, le chef veut te parler !

Voila donc la femme qui abandonne sa marmite et qui se présente devant le chef. Celui –ci lui dit :  Gbré, j’ai décidé de te récompenser. Demain tu iras dans ma plantation et tu pourras couper le plus gros régime de banane plantain que tu trouveras, je te le donne.  N’oublie pas de prendre ta meilleure machette et de l’aiguiser soigneusement. Continue reading “Le Chef Poltron”

Compère Lièvre et les Ignames

Azui, compère Lièvre
Azui, compère Lièvre

Les hommes de la savane savent tout qu’Azui, le lièvre, est le plus astucieux des animaux. Mais ils sont si vaniteux qu’ils sont sûrs, eux, d’être plus intelligents que compère lièvre et disent tous : Moi, homme, je ne peux pas être dupé par un animal, même par le
plus rusé de tous !

Voici pourtant ce qui est arrivé un jour. Dans la forêt, et dans la savane voisine, il n’y avait presque plus rien à manger cette année-là .Les animaux, affamés, sortaient de la brousse et venaient rôder autour des villages, cherchant sur le sol le moindre grain de mil oublié. Azui s’était caché dans un fourré, non loin du chemin que suivaient les paysans pour aller cultiver leurs champs.  Il a observé un homme qui tous les soirs, s’en revenait chez lui, portant de grosses ignames sur la tête.  Que faire pour s’en
emparer?  Le lendemain, un peu avant le passage de l’homme sur le chemin, Compère lièvre s’y étend sans bouger, contrefaisant le mort.  L’homme arrive près de lui, voit : Voilà un lièvre qui n’est pas mort depuis bien longtemps, se dit-il.  Je vais aller déposer mes ignames près de la hutte, à la lisière de la forêt, et je vais revenir chercher cet animal.

Des ignames
Des ignames

Puis il se remet en marche.  Dès qu’il a disparu, Compère lièvre se relève et court par un raccourci, en direction de la hutte.  Quand il y arrive, il trouve les ignames que l’homme a déposées avant de revenir sur ses pas chercher le lièvre qu’il croit mort.

Azui ramasse les ignames, les charge sur son dos et file à toute vitesse vers sa maison, tout content d’avoir à manger pour
plusieurs jours.  Quand à l’homme, bien entendu, il ne trouve pas le lièvre mort sur le chemin …pas plus que les ignames, quand il est de retour à la hutte.  Il comprend alors un peu tard qu’il a été dupé par le rusé animal.  Ah oui ! Vraiment, on peut dire que compère lièvre est le plus astucieux de tous les êtres vivants de la savane !

Conte tiré de “Contes des Lagunes et Savanes,” Collection ‘Fleuve et Flamme,’ édition Edicef, 1975.

La Gourde qui Parle

Une gourde
Une gourde

Cette histoire se passe au temps de la famine la plus terrible qu’ait connue notre pays. Les animaux mouraient par milliers.  Ils quittaient les forêts ou ils ne trouvaient plus de nourriture et remontaient vers les rivières, à travers la savane et les montagnes.  Les plus faibles d’entre eux finissaient sous la dent et la griffe des plus forts. Voici comment compère lièvre, le héros aux mille tours, est parvenu, malgré sa petite taille, à se tirer d’affaire.

Compère lièvre n’avait pas mangé depuis plusieurs jours.  Très affaibli, il s’était caché sous un buisson et réfléchissait.  Je n’ai plus assez de forces pour courir très vite et échapper ainsi aux ennemis qui me guettent.  Il faut que je trouve une solution.  Si cela continue, je vais mourir.  Non ! Je ne veux pas!  Si seulement j’avais un compagnon ! A Nous deux, nous pourrions peut-être parvenir à survivre.  Cependant, si je choisis un compagnon plus fort que moi, il me dévorera sans nul doute lorsqu’il me verra dans cet état mais une idée lui vient enfin!  il va trouver son ami Kpedza, le rat palmiste trop petit, lui aussi pour être dangereux.

Compère, écoutez-moi.  J’ai besoin de vous, et vous de moi.  Ensemble, nous pouvons survivre car j’ai idée d’une ruse qui nous sauvera.

Kpedza, le rat palmiste
Kpedza, le rat palmiste

Kpedza répond: Parlez, mon compère.  J’accepte volontiers notre association.

Lièvre explique alors: Comme vous étés tout petit, mon ami, vous entrerez facilement dans la gourde que voici.  Je la mettrai sur mon dos et irai à travers tous les marchés du sud ou ne sévit pas la famine, affirmant partout que je suis un grand magicien.  Comme preuve, je montrerai aux gens que je capable de faire parler une gourde.

En effet, chaque fois que je taperai sur la gourde, vous qui serez à l’intérieur, vous pousserez de grands cris.  Tout le monde s’émerveillera et nous offrira à manger !

Idée merveilleuse! s’écrie Kpedza, mettons-la tout de suite à exécution.

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L’origine de l’igname

L'igname (yam)
L'igname (yam)

Y a – t-il quelque chose de plus important que l’igname dans nos village? Pourrait-on vivre sans des cérémonies : la fête des ignames; C’est comme si on célébrait l’anniversaire de ces gros tubercules à la brune et à la chair  blanche. Sans eux les hommes perdraient leur force, les femmes deviendrait  malades, les villages se dé-peupleraient. Et pourtant, vous aurez sans doute du mal à le croire ; C’est un chasseur courageux  qui l’a apportée aux hommes. Voici comment les choses se sont passées, ou du moins voici ce qu’on raconte à ce sujet, le soir, dans nos villages.

Selon la coutume, le cinquième jour de la semaine ne ressemble pas du tout aux autres: en effet, ce jour-là il est interdit de travailler. Personne ne peut donc se rendre en brousse pour y chasser ou cultiver la terre. On dit que les génies de l’eau et de la forêt se sont réservés ce jour pour faire leurs cérémonies. Alors, gare à celui qui ose s’aventurer en brousse: il court de graves dangers.

Gossan, le plus fameux des chasseurs de la région, n’ignore pas ces dangers quand il décide d’aller à la chasse, le cinquième jour de la semaine. Il est très brave. Il ne connaît ni la peur ni la fatigue. Il veut savoir si la coutume de ne pas travailler durant le cinquième jour de la semaine est justifiée ou non.

Au lever du soleil il prend son arc et ses flèches. D’un pas décidé, il s’enfonce dans la forêt. Peu de temps après, il est déjà si loin que les cocoricos des coqs du village ne lui parviennent plus. Il continue à marcher, s’enfonçant toujours plus profondément  dans la forêt mystérieuse. Le soleil est maintenant au plus haut dans le ciel. Continue reading “L’origine de l’igname”

Une Traîtrise de Tortue

Eklo, la tortue
Eklo, la tortue

Il était une fois une tortue nommée Eklo, qui avait lié grande amitié avec son voisin Adidi le chat.

Un beau jour, Eklo vient rendre visite à Adidi. A son arrivée, elle s’écrie :

Comme ta maison est vieille et mal entretenue, mon compère ! Ce n’est pas du tout convenable ! Regarde ! Il Ya des fentes dans tous les murs; la porte ne ferme plus; le bois est rongé de partout et plein de gros trous. J’en suis bien peinée car je comptais venir te voir avec quelques amis que tu aurais été très heureux de recevoir. Mais il faut accueillir les visiteurs convenablement.

Afi, la souris
Afi, la souris

Adidi entend les reproches de son amie. Il a honte et assure Eklo qu’il va se mettre immédiatement au travail pour réparer sa maison. Dans une quinzaine de jours, tout sera prêt pour qu’elle puisse lui amener les visiteurs annoncés. Mais la tortue avait une idée derrière la tête. Un peu avant la date fixée par Adidi, elle va rendre visite à Afi, la souris.

Chère amie, lui dit-elle, je viens te rendre visite, car tu es le chef de la communauté, afin de te transmettre une invitation. Adidi, mon compère, vient de remettre à neuf sa maison. Pour célébrer cet événement, il va donner une grande fête et il m’a chargée de te dire de venir y assister en compagnie de tous les tiens.

Souris pousse un cri de surprise et d’indignation voyons ! Est-ce que tu te moques de moi ? Crois-tu que je vais aller chez un individu qui a déjà tué mon grand-père et ma grand-mère, sans parler d’un bon nombre de membre de ma famille ?

Adidi, le chat, courant apres la souris
Adidi, le chat, courant apres la souris

Tortue prend sa voix la plus doucereuse et la plus persuasive pour affirmer :

Mais tu n’as rien à craindre. Il n’arrivera rien de mal ni à toi ni aux tiens. Tout cela, c’est du passé ! Maintenant, il faut oublier. D’ailleurs, je te d’amitié qui existent entre Adidi et moi ?

Afi fut convaincue. Au jour dit, accompagnée de toute sa famille, elle suit tortue au domicile de Adidi, Eklo les fait tous entrer dans la maison, puis se précipite à l’extérieur et ferme la porte. Adidi, qui n’attendait que cela, s’élance toutes griffes dehors au milieu des infortunées souris qui, affolées, cherchent vainement une issue pour s’enfuir. En quelques instants, il les a toutes tuées. Ensuite, Adidi appelle la trompeuse Eklo et tous deux fêtent l’événement.

Croire que ceux qui vous ont fait toujours du mal vont devenir brusquement vos amis, c’est être bien sot !

Conte tiré de “Contes des Lagunes et Savanes,” Collection ‘Fleuve et Flamme,’ édition Edicef, 1975.

L’Araignée et la calebasse magique

Kakou Ananze
Kakou Ananze

Il était une fois un village ou la famine sévissait. Le roi se faisait beaucoup de soucis car les enfants mouraient et les villageois n’avaient plus assez de force pour aller cultiver la terre. C’était là que vivait Kakou Ananzè, l’Araignée. Malgré toute sa ruse, lui aussi souffrait de la faim. Tous les jours, il partait dans la brousse à la recherche de racines ou de graines qui puissent nourrir sa famille.

Un jour, Kakou Ananzè était en train d’errer au milieu des buissons. Epuisé de fatigue, il s’arrête pour se reposer. Alors il entend une petite voix qui sort d’un fourré et lui dit : papa Ananzè! papa Ananzè! Un peu effrayé et très curieux de savoir qui l’appelle ainsi, Kakou Ananzè entre au milieu des épines et découvre une calebasse posée sur le sol.

La Calebasse
La Calebasse

Comme il l’examine de plus près, l’ustensile de cuisine lui adresse la parole en ces termes: Sors-moi  de ce buisson d’épines et emmène-moi dans ta case. En récompense, je te rendrai la vie heureuse. Araignée ramasse la calebasse et la rapporte chez lui. A peine arrivé, il appelle sa femme et ses enfants. Leur montre l’ustensile et leur raconte son aventure. Tandis que tous s’étonnent, Kakou Ananzè se penche sur la calebasse et lui dit:

Chère amie, j’ai fait tout ce que tu souhaitais. A toi de tenir ta promesse. Les miens et moi mourons de faim et n’avons pas de nourriture; peux-tu nous aider?

A peine achève-t-il ces mots que la calebasse se trouve remplie de toutes sortes de mets: ignames frites, boules de pâte, bananes–plantains, poulet, sauce, etc.  Ils remercient tous leur nouvelle amie, mangent jusque ce qu’ils soient rassasiés. Puis Kakou Ananzè prend la parole en ces termes :

Enfants, écoutez-moi bien et toi aussi femme! Je vais aller cacher soigneusement cette calebasse magique. Ne racontez cette histoire à personne, sous aucun prétexte. Car les gens jaloux de notre chance pourraient venir nous voler celle qui désormais, va tous nous nourrir.

Tous les membres de la famille jurent de garder le silence. Pendant quelques jours, tout se passe bien. Le soir, Araignée sort la calebasse de la cachette, lui demande poliment de la nourriture et, après que la famille ait mangé, remet l’ustensile à l’abri.

Beignets
Beignets

Or, la femme de Kakou Ananzè était très gourmande. Elle avait caché dans son pagne quelques beignets de haricot comme provision pour la journée. Dans l’après-midi, elle sort dans la concession, s’assied sous un manguier et commence à manger. Mais sa voisine affamée, l’aperçoit. Elle s’approche sans faire de bruit et se met à crier: “comment peux-tu avoir des beignets de haricot  alors que tout le monde meurt de faim et qu’il n’y a plus de nourriture dans le village? D’ailleurs, je ne t’ai pas vue piler la pâte ni faire la cuisine. A  qui as-tu volé cela ?”

Madame Araignée est ennuyée. Elle donne immédiatement les beignets qui lui restent à la voisine en la suppliant de se  taire. Celle-ci dévore tout puis recommence à faire du tapage: “Voleuse ! Voleuse! A qui as-tu pris cela ?”

Effrayée, madame Araignée lui raconte alors toute l’affaire de la calebasse magique trouvée par son mari, et lui jure que, désormais, elle lui portera tous les jours un peu de nourriture si elle garde le secret. Pendant la nuit, la voisine ne peut tenir sa langue et raconte tout à son mari qui s’en va aussitôt chez le roi dénoncer l’égoïsme de Kakou Ananzè.

Le roi envoie des soldats fouiller toute la concession de Kakou Ananzè. Mais ils ne trouvent rien. La calebasse magique a disparu. Et jamais plus personne ne l’a revue.

Adea, kue: La langue, c’est la mort.

Conte tiré de “Contes des Lagunes et Savanes” Collection ‘Fleuve et Flamme’, Edition Edicef, 1975.

Une ruse de compère Lièvre

Lievre
Lievre

En période de sécheresse, la terre aride ne produit presque rien, la famine s’étend dans le pays tant pour les hommes que pour les animaux. Cette année, les récoltes avaient été mauvaises et les greniers étaient vides.

Compère d’Azui, le lièvre aux mille ruses, malgré toute sa malice, souffrait de la faim comme les autres. Du matin au soir, il errait à travers la brousse, ramassant des graines de fruits sauvages, des racines: tout ce qui pouvait être mangé. Or, dans la savane, il aperçoit soudain un baobab.

Baobab
Baobab

Il s’en approche, espérant trouver du pain de singe mais il n’y en avait pas. Par contre, lorsqu’il s’approche de l’arbre, des abeilles sortent d’un trou dans le tronc en bourdonnant.

S’il y a des abeilles, il y a du miel se dit compère Azui.

Laissons-les travailler à cette heure! Ne les dérangeons pas! Nous reviendrons ce soir, quand elles seront fatiguées et prêtes à s’endormir. Il sera facile de partager leur repas. Et silence, lièvre s’en retourne chez lui.

Or il y avait dans la savane un génie qui raffolait de miel. Il vient à passer au pied du baobab, aperçoit les abeilles et se tient le même raisonnement qu’Azui.

Genie
Genie

Le lièvre a tellement faim qu’il se presse de revenir. Il arrive exactement au moment où les abeilles viennent de s’endormir. Il enfonce bras dans le trou du baobab, délicatement, et en retire tous les rayons de miel qu’il peut saisir. Il y en avait encore un peu au fond de la ruche mais le bras de compère lièvre était trop court et il ne pouvait l’attraper. Chargé des rayons de miel, Azui s’éloigne du baobab et s’en revient à sa maison. A peine s’est-il éloigné que le génie amateur de miel arrive. Il plonge le bras dans le trou de l’arbre ou nichaient les abeilles mais ne peut atteindre les rayons de miel qui restaient. Pendant qu’il fait des efforts pour y parvenir, il entend quelqu’un arriver. Pour ne pas être surpris, il entre dans la ruche et s’y blottit. Azui, car c’était lui qui revenait, ne voit donc rien. Il s’approche et enfonce le bras dans le trou. Aussitôt le génie comprend que le voleur de miel est de retour et saisit vigoureusement la main de celui-ci compère lièvre, se voyant pris au piège, se débat de toutes ses forces pour se libérèrent criant:

Qui tient mon bras? Lâchez-moi!

Le génie, le tenant toujours, répond:

C’est moi!

– Qui moi?

– Moi le génie-lanceur de la savane qui va te dévorer.

Abeille et Miel
Abeille et Miel

– Ce n’est pas vrai! dit compère livre le rusé. Il n’y a pas de génie-lanceur. Si cela existait, puisqu’il m’a attrapé, il m’aurait déjà projeté très loin de la ruche! Or je suis toujours là mens! tu n’es qu’un petit voleur de miel!

– Ah? je ne suis pas le génie-lanceur de la savane? Ah! Je mens? C’est ce que nous allons voir! rétorque le génie, très vexé, et de toutes ses forces, il lance Azui le plus loin qu’il peut.

Compère lièvre tombe à bonne distance dans de hauts herbes qui amortissent le choc. Il se relève immédiatement et se met à crier:

Lievre content
Lievre content

Tu es vraiment le génie-lanceur de la savane, mais tu es trop bête! Quand tu me tenais solidement par le bras, j’étais ton prisonnier et tu pouvais me dévorer. Essaie donc de le faire maintenant que tu m’as projeté loin de toi et que je suis libre. A peine a-t-il achevé ces mots qu’il se sauve à toute vitesse vers son terrier. Et le génie, furieux et déçu, le voyant filer comme l’éclair comprend un peu tard qu’il a été berné.

C’est parce qu’il sait toujours se sortir d’affaire grâce à ses astuces que tout le monde, ici, dit que compère lièvre est le plus rusé de tous les animaux.

Conte tiré de “Contes des Lagunes et Savanes,” Collection ‘Fleuve et Flamme,’ édition Edicef, 1975.

Les trois gourmands

Les 2 gourmands au marche
Les 2 gourmands au marche

Un jour, deux gourmands se rencontrèrent.

– D’où venez-vous? Demanda le premier.

– J’avais toujours faim, répondit l’autre. Chez moi, je mangeais tout ce que je trouvais: ma part, celles de mes frères, celle de ma mère et même les provisions. Alors mon père m’a envoyé me rassasier ailleurs… et vous, camarade, peut-on savoir ce qui me vaut le plaisir de vous rencontrer?

– Moi, dit le compagnon, j’ai un ventre si grand que je n’arrive jamais à le remplir tout à fait. J’ai beau manger toute la journée, l’appétit ne me quitte pas. Alors mon père m’a trouvé trop difficile à nourrir et il m’a chassé de la maison.

– Dans ce cas, reprit l’autre, nous sommes faits pour nous entendre.

Au bout d’un moment, le plus jeune pressa son ventre avec ses mains, fit la grimace et soupira:

– J’ai faim!

– Moi aussi, j’ai faim, grogna l’autre.

– Allons chercher à manger!

Comme ils arrivaient à un village, ils se dirigèrent vers le marché et achetèrent un panier plein de haricots bien cuits.

Ils allaient commencer à manger, quand le plus jeune protesta:

– Camarade! Nous avons aussi faim l’un que l’autre; nos deux parts doivent être égales; mais comment faire pour que chacun de nous ait exactement son compte?

– C’est bien simple, dit l’autre: achetons deux aiguilles, nous piquerons à tour de rôle un haricot à la fois; ainsi le partage sera bien fait.

Ils firent comme il avait dit: ils achetèrent deux aiguilles et se mirent à manger en piquant les haricots un à un. Bientot il ne resta dans le panier qu’un seul haricot, un haricot pour deux!……

– Que faire? Demanda l’aîné?

– C’est très facile, répondit le jeune: il suffit de couper ce haricot en deux parties égales.

– Mais qui donc fera la partage? Interrogea l’aîné. Si c’est moi, je garderai la plus grosse part; et si c’est toi, tu te serviras trop bien!

Statuette Fang
Statuette Fang

Un passant survint à ce moment.

– Aidez-nous, lui demandèrent les deux compagnons. Coupez ce haricot en deux parties égales.

Le nouveau venu sortit son couteau, l’ouvrit, saisit le haricot, le coupa gravement en deux parties, donna une part a chacun des deux compagnons, puis comme il ne voulait rien perdre de cette excellente nourriture, il lécha la lame de son couteau avec tant d’application… qu’il s’entailla la langue.

Dis-moi, toi qui as lu cette histoire, quel est le plus gourmand des trois?

D’après un conte de l’Afrique noire, tiré de Contes de la Brousse et de la Forêt, de A. Davesne. Illustrations tirées du meme livre.

Le lièvre et le baobab

Le Lievre
Le Lievre

Un roi avait une fille plus belle que toutes les femmes du pays. Et les demandes en mariage lui arrivaient chaque matin, de plus en plus nombreuses. Un jour, il fit dire dans tout le royaume:
– Je marierai ma fille à celui qui traversera d’un seul coup de flèche le gros baobab qui se dresse sur la place du village. Une fête sera donnée. Tous ceux qui veulent gagner ma fille viendront avec leur arc et leur fleche: ils essaieront leur force et leur adresse.
Le roi pensait ainsi garder toujours sa fille, car le baobab du village était plus gros qu’une case, et personne, semblait-il, ne serait assez fort pour le traverser d’un seul coup de flèche.
Mais… le lièvre avait entendu, et le lièvre aurait bien voulu épouser la riche et jolie fille du roi. Or, qui donc est plus malin que le lièvre?
Notre animal s’en alla trouver un perce-bois (insecte qui attaque le bois) de ses amis et lui dit:
– Perce-bois, mon ami, je t’ai rendu bien des services. A ton tour de m’aider. Tu vas percer de part en part le gros baobab qui se dresse sur la place du village.
L’insecte partit et se mit à l’ouvrage aussitôt. Il gratta, il rongea, il travailla avec tant d’ardeur qu’en trois jours la besogne fut terminée.
Le lièvre fabriqua une flèche assez petite pour passer par le trou; puis il ferma avec de la toile d’araignée les deux ouvertures. Tout cela fut fait si rapidement et si habilement que personne ne se douta de rien.

Le lievre et le baobab
Le lievre et le baobab

Le jour de la fête arriva. Ce furent les gros animaux qui commencèrent: l’éléphant, le lion, le buffle; mais les plus forts arrivèrent tout juste à enfoncer dans l’arbre le fer de leur flèche. Furieux, ils vinrent se rasseoir à leur place.
Le tour du lièvre était le dernier. Notre animal, vêtu d’un large pantalon bleu, d’un veston vert à boutons dorés, coiffé d’une chéchia rouge, se leva lentement d’un air fier et important.
Tout le monde éclata de rire:
– Comment, disaient les spectateurs, voila le lièvre qui veut se montrer plus fort que le lion, le buffle et l’éléphant!
Le lièvre, dedaignant les moqueries, salua humblement le roi; il salua galamment la fille; il salua dignement les grands chefs et les notables. Puis, il s’en alla à la place réservée au tireur.
Il mit un genou en terre, visa longuement et – han! – il lâcha la flèche.
La flèche partit en sifflant; elle arriva juste sur la toile d’araignée, traversa le baobab et souleva la poussière par derrière.
Un cri d’admiration s’éleva de la foule: “Le lièvre a gagné! le lievre a gagné!”
La jeune fille lui fut donnée à l’instant et il partit, la tenant par la main, tandis que sur son passage la foule s’écartait respectueusement et poussait des cris d’enthousiasme.

D’après un conte de l’Afrique noire, tiré de Contes de la Brousse et de la Forêt, de A. Davesne et al. (2eme illustration tiree du meme livre).