Y a – t-il quelque chose de plus important que l’igname dans nos village? Pourrait-on vivre sans des cérémonies : la fête des ignames; C’est comme si on célébrait l’anniversaire de ces gros tubercules à la brune et à la chair blanche. Sans eux les hommes perdraient leur force, les femmes deviendrait malades, les villages se dé-peupleraient. Et pourtant, vous aurez sans doute du mal à le croire ; C’est un chasseur courageux qui l’a apportée aux hommes. Voici comment les choses se sont passées, ou du moins voici ce qu’on raconte à ce sujet, le soir, dans nos villages.
Selon la coutume, le cinquième jour de la semaine ne ressemble pas du tout aux autres: en effet, ce jour-là il est interdit de travailler. Personne ne peut donc se rendre en brousse pour y chasser ou cultiver la terre. On dit que les génies de l’eau et de la forêt se sont réservés ce jour pour faire leurs cérémonies. Alors, gare à celui qui ose s’aventurer en brousse: il court de graves dangers.
Gossan, le plus fameux des chasseurs de la région, n’ignore pas ces dangers quand il décide d’aller à la chasse, le cinquième jour de la semaine. Il est très brave. Il ne connaît ni la peur ni la fatigue. Il veut savoir si la coutume de ne pas travailler durant le cinquième jour de la semaine est justifiée ou non.
Au lever du soleil il prend son arc et ses flèches. D’un pas décidé, il s’enfonce dans la forêt. Peu de temps après, il est déjà si loin que les cocoricos des coqs du village ne lui parviennent plus. Il continue à marcher, s’enfonçant toujours plus profondément dans la forêt mystérieuse. Le soleil est maintenant au plus haut dans le ciel. Continue reading “L’origine de l’igname”→
Il était une fois un grand roi Kotokoli (au Togo) qui possédait deux belles filles. Elles étaient toutes deux si ravissantes que, pour éviter qu’une mère jalouse leur jette un mauvais sort, le prénom des jeunes filles était tenu secret. Comme elles ont atteint maintenant l’âge nubile, le roi déclare :
Celui qui sera capable de deviner le nom de mes enfants, deviendra leur époux à toutes deux !
Bien des vaillants guerriers, bien des hardis chasseurs, bien des riches cultivateurs tentent leur chance. Mais il y a tant de prénoms possibles pour de belles jeunes filles que personne ne parvient à deviner ceux qui sont les bons.
Kakou Ananzè, l’araignée, vient à passer par là. Il entend parler de la promesse royale, et décide d’épouser les deux beautés. L’esprit de l’araignée, tout le monde le sait, est plein de ruse et d’astuce.
Kakou Ananze
Voici donc ce qu’il a inventé pour parvenir à ses fins. Il va se cacher en haut d’un manguier, aux branches bien touffues, tout au bord du marigot ou les jeunes filles ont l’habitude d’aller faire leurs ablutions.
Du haut de l’arbre, il laisse tomber sur une pierre plate, deux beaux bracelets qui se mettent à scintiller au soleil. L’aînée des jeunes filles aperçoit quelque chose qui brille dans la lumière, sur la berge. Etonnée, elle appelle sa sœur :
Dimdiya ! Dimdiya ! Ne vois –tu pas un curieux reflet sur cette pierre plate ? Qu’est-ce que cela peut bien être ?
La jeune sœur regarde à son tour et répond : Je n’en sais rien, Anakoussey ! Si nous allions voir de plus près !
Kakou Ananzè profite du fait qu’elles sont penchées sur les bracelets pour descendre de son arbre et s’en aller bien vite.
Un manguier
Le lendemain, Kakou Ananzè revêtu de son pagne de cérémonie, va rendre visite au roi et lui dit : “sire, je suis un puissant magicien de passage dans le pays. Par mon savoir, j’ai pu découvrir le nom de tes deux filles. Je viens voir si tu tiendras ta promesse.”
“Bon!” dit le roi, favorable à l’idée d’avoir pour genre un puissant magicien, “mes filles seront tes épouses si tu ne te trompes pas.”
“L’aînée de tes enfants s’appelle Anakoussey et la plus jeune Dimdiya” déclare alors solennellement Kakou Ananzè.
A ces paroles, le roi est émerveillé. Quelques jours plus tard, ont lieu les noces de Kakou Ananzè, d’Anakoussey et de Dimdiya.
Puis les deux sœurs, très heureuses d’avoir épousé un savant magicien, ont suivi leur mari dans Son village. Quelques années ont passé. Des enfants sont nés et ont grandi.
Un soir Kakou Ananzè, assis dans sa concession, jouait avec ses fils tandis que ses épouses préparaient le repas. Il dit alors : “Enfants, savez-vous ce que j’ai pour épouser vos mères ?”
Et vaniteux, pour obtenir l’admiration des jeunes garçons, il leur raconte la ruse qu’il avait autrefois inventée.
African princess
Anakoussey et Dimdiya ont entendu tout le récit et ont compris qu’elles ont été dupées et que leur époux n’est pas un puissant magicien. Furieuses, pendant la nuit, elles quittent la maison pour aller se réfugier chez leur père à qui elles révèlent la tromperie de l’araignée.
A son, plein de rage, le roi fait appeler ses guerrier; ils vont ensemble chez Kakou Ananzè, l’attrapent et le frappent jusqu’à le laisser pour mort.
Araignée, meurtri et tremblant se relève à grand-peine quand ils sont partis. Plein de frayeur, il se traîne dans un grand trou qui s’ouvre au tronc d’un vieil arbre et s’y cache.
Où sont les araignées maintenant encore? Vous voyez bien qu’elles continuent à se cacher dans les trous de l’écorce des vieux arbres.
Conte tiré de“Contes des Lagunes et Savanes,” Collection ‘Fleuve et Flamme,’ édition Edicef, 1975.
Il était une fois une tortue nommée Eklo, qui avait lié grande amitié avec son voisin Adidi le chat.
Un beau jour, Eklo vient rendre visite à Adidi. A son arrivée, elle s’écrie :
Comme ta maison est vieille et mal entretenue, mon compère ! Ce n’est pas du tout convenable ! Regarde ! Il Ya des fentes dans tous les murs; la porte ne ferme plus; le bois est rongé de partout et plein de gros trous. J’en suis bien peinée car je comptais venir te voir avec quelques amis que tu aurais été très heureux de recevoir. Mais il faut accueillir les visiteurs convenablement.
Afi, la souris
Adidi entend les reproches de son amie. Il a honte et assure Eklo qu’il va se mettre immédiatement au travail pour réparer sa maison. Dans une quinzaine de jours, tout sera prêt pour qu’elle puisse lui amener les visiteurs annoncés. Mais la tortue avait une idée derrière la tête. Un peu avant la date fixée par Adidi, elle va rendre visite à Afi, la souris.
Chère amie, lui dit-elle, je viens te rendre visite, car tu es le chef de la communauté, afin de te transmettre une invitation. Adidi, mon compère, vient de remettre à neuf sa maison. Pour célébrer cet événement, il va donner une grande fête et il m’a chargée de te dire de venir y assister en compagnie de tous les tiens.
Souris pousse un cri de surprise et d’indignation voyons ! Est-ce que tu te moques de moi ? Crois-tu que je vais aller chez un individu qui a déjà tué mon grand-père et ma grand-mère, sans parler d’un bon nombre de membre de ma famille ?
Adidi, le chat, courant apres la souris
Tortue prend sa voix la plus doucereuse et la plus persuasive pour affirmer :
Mais tu n’as rien à craindre. Il n’arrivera rien de mal ni à toi ni aux tiens. Tout cela, c’est du passé ! Maintenant, il faut oublier. D’ailleurs, je te d’amitié qui existent entre Adidi et moi ?
Afi fut convaincue. Au jour dit, accompagnée de toute sa famille, elle suit tortue au domicile de Adidi, Eklo les fait tous entrer dans la maison, puis se précipite à l’extérieur et ferme la porte. Adidi, qui n’attendait que cela, s’élance toutes griffes dehors au milieu des infortunées souris qui, affolées, cherchent vainement une issue pour s’enfuir. En quelques instants, il les a toutes tuées. Ensuite, Adidi appelle la trompeuse Eklo et tous deux fêtent l’événement.
Croire que ceux qui vous ont fait toujours du mal vont devenir brusquement vos amis, c’est être bien sot !
Conte tiré de“Contes des Lagunes et Savanes,” Collection ‘Fleuve et Flamme,’ édition Edicef, 1975.
Il était une fois dans un village deux amis si intimes qu’ils ne se quittaient jamais. A les voir toujours ensemble, on les aurait pris pour des frères jumeaux. L’un était Kakou Ananze, l’araignée, l’autre Gayagui. Chacun d’eux avait une épouse et quatre enfants.
Un jour, une terrible famine s’abat sur le pays. Les deux amis se lamentaient en cherchant nuit et jour un peu de nourriture. Mais bientôt il n’y a plus ni racine, ni tubercule, ni graine à cueillir dans la forêt. Pour ne pas mourir faim, Kakou Ananze et Gayagui décident de se séparer pour tenter de survivre, en quittant le pays pour en chercher un autre moins infortuné.
Village Africain - Parc de Waza (Cameroun)
Gayagui s’en va vers le nord-ouest, emmenant avec lui tous les siens. Chaque fois qu’au cours de son long voyage, il découvre un peu de nourriture, il en fait deux parts. Il partage la première avec son épouse et ses enfants. L’autre il la garde en réserve. Et ils poursuivent leur route. Enfin, ils arrivent dans un village lointain qui semble très prospère. Il demande au chef l’autorisation de s’y installer avec sa famille le chef, pris de pitié, accepte et lui donne un champ à cultiver. Gayagui se met aussitôt au travail. Mais sa femme, épuisée, meurt. Les villageois s’émeuvent devant ce malheur imprévu qui frappe un homme et des enfants si travailleurs et si gentils. Ils aident Gayagui à enterrer son épouse convenablement puis font une collecte dans toute la région pour lui venir en aide. Chacun donne ce qu’il peut: une poule, un mouton, une daba, des calebasses, des semences, de la nourriture etc. Ainsi Gayagui, grâce à leur aide, devient presque riche et peut mener avec ses enfants une vie convenable.
Pendant ce temps, Kakou Ananze s’était mis en marche vers le nord-est, suivi par son épouse et ses enfants. Lorsque Araignée trouvait quelque chose à manger, il le gardait pour lui et le dévorait aussitôt, tandis que le reste de sa famille survivait à grand-peine.
Champs Africains
Un jour, sur le chemin, ils rencontrent un groupe de villageois qui venaient de la région ou s’était installé Gayagui …Et ceux-ci leur apprennent ce qui est arrivé et comment Gayagui a trouvé la fortune. Cette histoire donne à réfléchir à Kakou Ananzè. Lorsque, après bien des jours de marche il parvient avec les siens dans un gros bourg qui parait riche et heureux, Araignée tue sa femme et se met à se lamenter très fort pour éveiller la pitié des habitants: Quel malheur ! Oh ! Quel malheur !que vais-je devenir ! Mes pauvres enfants ont perdu leur tendre mère et moi, une bonne épouse qui m’aidait tant dans mon travail. Nous sommes trop pauvre pour lui faire des funérailles convenables. Quel malheur ! Quel malheur !
Les gens s’approchent pour venir à son venir à son secours Mais ils voient que Madame Araignée a été tuée d’un coup de coupe-coupe, que les enfants sont tout maigres et tout faibles alors que Kakou Ananzè a une mine florissante. Alors ils se méfient, prennent avec eux les enfants pour les nourrir mais laissent Araignée sans lui venir en aide. Celui-ci doit emprunter de l’argent pour la cérémonie des obsèques. Et quand tout est fini, comme il ne peut rien rembourser, il doit se faire engager comme domestique chez de riches fermiers. Comme il est paresseux et égoïste, ses nouveau maîtres ne l’aiment pas et lui donnent plus de coups de bâton que de bonne nourriture. Araignée est bien puni ! C’EST Pourquoi le soir à la veille, il dit toujours à ses enfants: Ecoutez bien votre vieux papa ! N’imitez jamais les autres ! Car ce qui à bien réussi pour eux, peut avoir pour vous une funeste conséquence.
Conte tiré de“Contes des Lagunes et Savanes,” Collection ‘Fleuve et Flamme,’ édition Edicef, 1975.
Il était une fois un roi très puissant, redouté par toutes les tribus du voisinage et respecté par les siens. Il avait sept fils nés de plusieurs femmes. Mais son épouse préférée ne lui avait donné qu’une fille nommée Sika. Cette jeune princesse était aussi douce que belle. Elle aurait fait la joie de la vieillesse de son père si elle n’avait été victime d’un malheur épouvantable: à l’âge de quatorze ans alors que nulle jeune fille de la région ne pouvait rivaliser en beauté avec elle, elle était brusquement devenue sourde et muette. Car les coépouses, par jalousie de la préférence marquée du roi pour sa mère, avaient voulu atteindre celle-ci par sa Sika par un grand féticheur du pays.
Sika
Le roi ignorait naturellement les agissements de ses épouses mais les mauvaises langues du royaume avaient jasé. Et la rumeur s’était répandue dans le pays. Le roi a fait tout ce qui était en son pouvoir pour que sa fille bien-aimée guérisse. Il a consulté tous les sorciers de quelque réputation, a offert des présents somptueux à tous les marabouts du nord pour qu’ils viennent examiner son enfant. Mais nul n’a pu parvenir à rendre l’ouïe et la parole à Sika. Finalement le roi a résolu d’envoyer sa fille vivre dans un petit village à l’écart, car le spectacle du malheur de son enfant lui déchirait le cœur.
Tortue
Or, Tortue, à l’esprit fertile en inventions a entendu parler de l’affaire et a décidé d’intervenir afin d’en tirer un bon profit. Elle se rend à la cour et demande à parler au roi: “Seigneur, lui dit-elle, que me donnera tu si je réussissais à guérir la princesse? J’ai beaucoup d’expérience et je crois que cela est de mon devoir.”
L’espoir se réveille alors dans le cœur du malheureux père.
“Si tu parviens à rendre l’ouïe et la parole à Sika, je prends le conseil des anciens à témoin, je partagerai mon palais en deux et t’en donnerai la moitié.”
– J’ accepte ton offre, répond Tortue. Dès que j’aurai fait ce que je dois, je t’amènerai ta fille et tu constateras par toi–même qu’elle est redevenue normale.
Miel
Tortue se rend donc dans la forêt qui entoure le village ou l’on avait envoyé la jeune princesse. D’une petite hauteur, elle surveille le chemin. Bientôt, elle aperçoit Sika qui se rend au marigot pour se baigner. Tortue, aussitôt, va déposer, bien en vue, sur une grosse pierre, une calebasse pleine d’un miel délicieux qu’elle s’était procuré. Puis, elle se cache dans un buisson tout près de là.
La princesse arrive au bord de la l’eau, cherche un endroit pour déposer son pagne et aperçoit la calebasse. Poussée par la gourmandise, elle y porte la main tortue sort alors précipitamment du fourré, s’élance sur Sika et la frappe au visage en hurlant:
“Voleuse ! Voleuse ! Comment peux-tu voler le miel que j’ai acheté pour mes enfants?”
La jeune fille abasourdie, se débat. Son indignation est si violente que la parole lui revient.
“Moi une voleuse? Comment oses-tu dire une chose pareille, étrangère? Ne sais-tu pas que je suis la fille unique du roi, la princesse Sika? Veux-tu me lâcher immédiatement!”
Mais Tortue, la très rusée, la ligote avec une corde et l’entraîne derrière elle sur le sentier qui va vers le village, en
Sika angry
criant à tue-tête: “Regardez tous la voleuse de miel! Wuu! Wuu! Sika, la fille du roi n’est qu’une voleuse! Wuu! Wuu! Sika préfère prendre le miel des autres pour le manger que d’aller au marché en acheter.”
A son tour, elle se met à crier: “La veille sorcière! La menteuse! La fille du roi ne doit pas être insultée ainsi. Frappez cette menteuse! Et délivrez-moi! Sika va rendre visite à la panthère de la forêt et la panthère est contente! Sika va visiter le seigneur éléphant ! Et le seigneur éléphant est fier de la recevoir. Honte! Honte! à la vieille qui veut déshonorer la fille du roi par ses mensonges!”
Mais Tortue semble ne vouloir rien entendre. Les habitants du pays sont tellement étonnés d’entendre ces accusations et de voir la princesse qui était muette auparavant, répondre par de grands cris, qu’ils n’osent intervenir.
African village
Tortue continue donc à traîner ainsi derrière elle la jeune fille, en direction de la ville royale. Avec malice, elle poursuit ses clameurs: “Wuu! Sika, la fille du roi est une voleuse de miel! Regardez-la tous! Wuu! Wuu! Sika, voleuse de miel!”
Tandis que la princesse en furie vocifère: “Vieille sorcière! Menteuse! Ce n’est pas vrai! Ce n’est pas vrai!”
Elles arrivent dans cet équipage et au milieu des mêmes hurlements jusqu’au palais. Attiré par le bruit, le roi sort dans la cour et pousse un cri de stupeur: “Ma fille muette parle! Miracle! Miracle!”
Aussitôt, prestement, Tortue détache les liens de Sika et s’incline respectueusement devant le roi.
Quand à la jeune princesse, toujours furieuse, elle se précipite aux pieds de son père: “Père! Père! Punissez cette vieille sorcière qui m’a insultée et humiliée, moi, votre fille unique! Père, punissez-la!”
Tortue victorieuse
Le roi voit que son enfant bien–aimée est complètement guérie et il la calme en disant: “Non ma fille! Je ne punirai pas Tortue. Au contraire, je vais la récompenser car elle a réussi là où les plus grand plus féticheur ont échoué. Elle ne t’a humilié que pour t’obliger à retrouver la parole. Sa ruse a été plus forte que tous les remèdes!”
Il s’approche ensuite de Tortue et déclare: “Grand merci savante Tortue, qui as sauvé mon enfant en la guérissant de son infirmité. La moitie de mon palais est à toi!”
Tortue réussit tout ce qu’elle entreprend car elle connaît bien le cœur des hommes!
Conte tiré de “Contes des Lagunes et Savanes,” Collection ‘Fleuve et Flamme,’ édition Edicef, 1975.
Thanksgiving étant la fête de la Pintade, rien de tel qu’un conte à son honneur…
Cette année-là, la famine était grande. Les plantes mouraient desséchées par le soleil trop ardent. Les quelques animaux survivants étaient décharnés et affaiblis. Tous, sauf Compère Lièvre le très rusé. Celui-ci de bon matin la houe à la main, quitte sa maison, s’en va jusqu’à une grosse plate-forme de pierre et entreprend de sarcler. Or, en ce temps-là, nul ne se moquait d’autrui car les dieux avaient interdit de le faire, sous peine de mort. Voyant Compère Lièvre s’acharner à vouloir cultiver une plate-forme rocheuse, les animaux de la brousse s’assemblent autour de lui:
“Qu’arrive-t-il à notre compère? Est-il devenu fou? Hé ! Azui ! Travaille bien, frère ! Quelle magnifique récolte tu auras! c’est alors que la famine disparaîtra ! Ah le bon champ! Ah le bon cultivateur!”
Et tous rient aux éclats.
Plate-forme rocheuse
Mais les dieux entendent les railleurs et se fâchent:
“Comment ose-t-on nous désobéir? A mort, les sacrilèges !”
Tous les animaux qui se sont moqués d’Azui, tombent foudroyés sur le sol. Paisiblement, Compère Lièvre dépose sa houe, ramasse les animaux défunts et rentre chez lui très satisfait d’avoir obtenu des provisions pour un certain temps.
Or, non loin de là, habitait Pintade. Elle avait observé toute la scène sans rien dire et l’idée d’Azui lui avait paru bonne. Quelques jours plus tard, Compère Lièvre croise sur son chemin Pintade qui se dirige vers le village à pas pressés.
“Où vas-tu de ce pas rapide, voisine ?” demande t-il.
Pintade
– Ne me retarde pas, mon frère! répond Pintade, très sérieuse, j’ai rendez –vous avec Commère Guenon qui a accepté de me tresser élégamment les cheveux.
– Ah ! Ah ! Tresser les cheveux d’une pintade ! Ah ! quelle idée ! Chère sœur, où sont tes fameux cheveux, s’il te plaît? Mais tu es complètement folle ! Ah ! Je t’imagine très bien avec une belle coiffure de tresses !
Compère lièvre rit si fort qu’il se laisse tomber sur le sol, perdant son souffle. C’est alors que les dieux courroucés le foudroient.
Pintade, très contente, n’a plus qu’à ramasser le corps d’Azui et à l’emporter chez elle comme provision de nourriture.
Quand on fait des fourberies aux autres, cela leur donne des idées, parfois.
Conte Mina tire de “Contes des Lagunes et Savanes,” Collection ‘Fleuve et Flamme,’ édition Edicef, 1975.
Il était une fois un village ou la famine sévissait. Le roi se faisait beaucoup de soucis car les enfants mouraient et les villageois n’avaient plus assez de force pour aller cultiver la terre. C’était là que vivait Kakou Ananzè, l’Araignée. Malgré toute sa ruse, lui aussi souffrait de la faim. Tous les jours, il partait dans la brousse à la recherche de racines ou de graines qui puissent nourrir sa famille.
Un jour, Kakou Ananzè était en train d’errer au milieu des buissons. Epuisé de fatigue, il s’arrête pour se reposer. Alors il entend une petite voix qui sort d’un fourré et lui dit : papa Ananzè! papa Ananzè! Un peu effrayé et très curieux de savoir qui l’appelle ainsi, Kakou Ananzè entre au milieu des épines et découvre une calebasse posée sur le sol.
La Calebasse
Comme il l’examine de plus près, l’ustensile de cuisine lui adresse la parole en ces termes: Sors-moi de ce buisson d’épines et emmène-moi dans ta case. En récompense, je te rendrai la vie heureuse. Araignée ramasse la calebasse et la rapporte chez lui. A peine arrivé, il appelle sa femme et ses enfants. Leur montre l’ustensile et leur raconte son aventure. Tandis que tous s’étonnent, Kakou Ananzè se penche sur la calebasse et lui dit:
Chère amie, j’ai fait tout ce que tu souhaitais. A toi de tenir ta promesse. Les miens et moi mourons de faim et n’avons pas de nourriture; peux-tu nous aider?
A peine achève-t-il ces mots que la calebasse se trouve remplie de toutes sortes de mets: ignames frites, boules de pâte, bananes–plantains, poulet, sauce, etc. Ils remercient tous leur nouvelle amie, mangent jusque ce qu’ils soient rassasiés. Puis Kakou Ananzè prend la parole en ces termes :
Enfants, écoutez-moi bien et toi aussi femme! Je vais aller cacher soigneusement cette calebasse magique. Ne racontez cette histoire à personne, sous aucun prétexte. Car les gens jaloux de notre chance pourraient venir nous voler celle qui désormais, va tous nous nourrir.
Tous les membres de la famille jurent de garder le silence. Pendant quelques jours, tout se passe bien. Le soir, Araignée sort la calebasse de la cachette, lui demande poliment de la nourriture et, après que la famille ait mangé, remet l’ustensile à l’abri.
Beignets
Or, la femme de Kakou Ananzè était très gourmande. Elle avait caché dans son pagne quelques beignets de haricot comme provision pour la journée. Dans l’après-midi, elle sort dans la concession, s’assied sous un manguier et commence à manger. Mais sa voisine affamée, l’aperçoit. Elle s’approche sans faire de bruit et se met à crier: “comment peux-tu avoir des beignets de haricot alors que tout le monde meurt de faim et qu’il n’y a plus de nourriture dans le village? D’ailleurs, je ne t’ai pas vue piler la pâte ni faire la cuisine. A qui as-tu volé cela ?”
Madame Araignée est ennuyée. Elle donne immédiatement les beignets qui lui restent à la voisine en la suppliant de se taire. Celle-ci dévore tout puis recommence à faire du tapage: “Voleuse ! Voleuse! A qui as-tu pris cela ?”
Effrayée, madame Araignée lui raconte alors toute l’affaire de la calebasse magique trouvée par son mari, et lui jure que, désormais, elle lui portera tous les jours un peu de nourriture si elle garde le secret. Pendant la nuit, la voisine ne peut tenir sa langue et raconte tout à son mari qui s’en va aussitôt chez le roi dénoncer l’égoïsme de Kakou Ananzè.
Le roi envoie des soldats fouiller toute la concession de Kakou Ananzè. Mais ils ne trouvent rien. La calebasse magique a disparu. Et jamais plus personne ne l’a revue.
Adea, kue: La langue, c’est la mort.
Conte tiré de “Contes des Lagunes et Savanes” Collection ‘Fleuve et Flamme’, Edition Edicef, 1975.
En période de sécheresse, la terre aride ne produit presque rien, la famine s’étend dans le pays tant pour les hommes que pour les animaux. Cette année, les récoltes avaient été mauvaises et les greniers étaient vides.
Compère d’Azui, le lièvre aux mille ruses, malgré toute sa malice, souffrait de la faim comme les autres. Du matin au soir, il errait à travers la brousse, ramassant des graines de fruits sauvages, des racines: tout ce qui pouvait être mangé. Or, dans la savane, il aperçoit soudain un baobab.
Baobab
Il s’en approche, espérant trouver du pain de singe mais il n’y en avait pas. Par contre, lorsqu’il s’approche de l’arbre, des abeilles sortent d’un trou dans le tronc en bourdonnant.
S’il y a des abeilles, il y a du miel se dit compère Azui.
Laissons-les travailler à cette heure! Ne les dérangeons pas! Nous reviendrons ce soir, quand elles seront fatiguées et prêtes à s’endormir. Il sera facile de partager leur repas. Et silence, lièvre s’en retourne chez lui.
Or il y avait dans la savane un génie qui raffolait de miel. Il vient à passer au pied du baobab, aperçoit les abeilles et se tient le même raisonnement qu’Azui.
Genie
Le lièvre a tellement faim qu’il se presse de revenir. Il arrive exactement au moment où les abeilles viennent de s’endormir. Il enfonce bras dans le trou du baobab, délicatement, et en retire tous les rayons de miel qu’il peut saisir. Il y en avait encore un peu au fond de la ruche mais le bras de compère lièvre était trop court et il ne pouvait l’attraper. Chargé des rayons de miel, Azui s’éloigne du baobab et s’en revient à sa maison. A peine s’est-il éloigné que le génie amateur de miel arrive. Il plonge le bras dans le trou de l’arbre ou nichaient les abeilles mais ne peut atteindre les rayons de miel qui restaient. Pendant qu’il fait des efforts pour y parvenir, il entend quelqu’un arriver. Pour ne pas être surpris, il entre dans la ruche et s’y blottit. Azui, car c’était lui qui revenait, ne voit donc rien. Il s’approche et enfonce le bras dans le trou. Aussitôt le génie comprend que le voleur de miel est de retour et saisit vigoureusement la main de celui-ci compère lièvre, se voyant pris au piège, se débat de toutes ses forces pour se libérèrent criant:
Qui tient mon bras? Lâchez-moi!
Le génie, le tenant toujours, répond:
C’est moi!
– Qui moi?
– Moi le génie-lanceur de la savane qui va te dévorer.
Abeille et Miel
– Ce n’est pas vrai! dit compère livre le rusé. Il n’y a pas de génie-lanceur. Si cela existait, puisqu’il m’a attrapé, il m’aurait déjà projeté très loin de la ruche! Or je suis toujours là mens! tu n’es qu’un petit voleur de miel!
– Ah? je ne suis pas le génie-lanceur de la savane? Ah! Je mens? C’est ce que nous allons voir! rétorque le génie, très vexé, et de toutes ses forces, il lance Azui le plus loin qu’il peut.
Compère lièvre tombe à bonne distance dans de hauts herbes qui amortissent le choc. Il se relève immédiatement et se met à crier:
Lievre content
Tu es vraiment le génie-lanceur de la savane, mais tu es trop bête! Quand tu me tenais solidement par le bras, j’étais ton prisonnier et tu pouvais me dévorer. Essaie donc de le faire maintenant que tu m’as projeté loin de toi et que je suis libre. A peine a-t-il achevé ces mots qu’il se sauve à toute vitesse vers son terrier. Et le génie, furieux et déçu, le voyant filer comme l’éclair comprend un peu tard qu’il a été berné.
C’est parce qu’il sait toujours se sortir d’affaire grâce à ses astuces que tout le monde, ici, dit que compère lièvre est le plus rusé de tous les animaux.
Conte tiré de “Contes des Lagunes et Savanes,” Collection ‘Fleuve et Flamme,’ édition Edicef, 1975.
C’était il y a très, très longtemps à l’époque ou les animaux parlaient et ou les hommes pouvaient comprendre leur langage. Il y avait une grande famine. Kakou Ananzè, l’araignée-à-l’esprit-plein d’astuce a résolu de partir à travers le pays, en quête de nourriture. Il marche longtemps, longtemps, pendant des jours et des nuits. Il aperçoit enfin au loin une fumée qui monte dans le ciel. Il se dirige vers elle. En arrivant, il voit le génie Aziza en train de manger, assis auprès du feu. Sa longue et épaisse chevelure se hérisse autour de sa tête et retombe sur son visage, cachant complètement ses yeux et l’empêchant de voir. Kakou Ananzè s’approche tout doucement du génie Aziza et, sans faire le moindre bruit, commence à voler un peu de nourriture. Quand Aziza prend un morceau de viande, Araignée, vite en prend un autre, tout en faisant bien attention que sa main ne rencontre jamais celle du génie. Bientôt il ne reste plus qu’un seul morceau dans le plat. Instinctivement, Araignée tend la main. Au même moment, le génie tend la sienne, ce qui fait qu’elles se rencontrent.
Qui est là? gronde le génie.
– C’est moi Kakou Ananzè, dit l’Araignée d’une faible voix.
– Je vais te dévorer, rugit Aziza en se dressant.
– Je le veux bien! Répond Kakou Ananzè, mais auparavant, puissant génie, laissez-moi tresser votre chevelure afin que vous puissiez me voir.
Elephant
Aziza accepte et se rassie, s’adossant à un arbre. Araignée se met à rire sous cape, et prend les longs cheveux du génie. Mais au lieu de les tresser, il s’en sert pour entourer le tronc de l’arbre et ainsi attache solidement Aziza de façon à ce que celui-ci ne puisse plus faire un mouvement.
Te voila prisonnier, pauvre sot! C’est moi maintenant qui vais te dévorer!
Kakou Ananzè met le feu à l’arbre. Et le génie est grillé. Quand il est cuit à point, Araignée le mange. Bientôt il ne reste plus que les os d’Aziza. Déçu, car il avait encore faim, Kakou Ananzè se met à examiner le petit tas d’ossements à la recherche d’un lambeau de viande oublié. Et un os bien long et bien pointu lui pique le nez, puis s’y fixe. Le nez de l’araignée enfle, s’allonge et devient une sorte de longue trompe.
Que vais-je devenir avec cette horrible chose sur le visage? se lamente Kakou Ananzè, il faut que je redevienne normal car les gens vont rire de me voir ainsi.
La trompe de l'elephant
Or en là, les animaux avaient coutume d’ôter leur nez et de le déposer sur la berge de la rivière ou du marigot, avant d’entrer dans l’eau pour se laver. Araignée profite de cette habitude. Il court jusqu’à la rivière la plus proche et se cache dans les arbustes. Eléphant arrive pesamment pour faire sa toilette. Il ôte son nez, le dépose soigneusement sur l’herbe et entre dans l’eau. Alors Kakou Ananzè s’empare du nez d’Eléphant, ôte sa vilaine trompe qu’il dépose sur l’herbe. Il fixe sur son visage le nez volé et s’enfuit à toute allure.
Quand Eléphant a terminé son bain, il remonte sur la berge et veut récupérer son bien. Mais malgré ses recherches il ne trouve que la vilaine trompe, et il est contraint de la mettre sur sa figure.
Conte tiré de “Contes des Lagunes et Savanes,” Collection ‘Fleuve et Flamme,’ édition Edicef, 1975.
Il y avait une fois un village bien malheureux car, malgré tous les efforts des villageois, les cultures n’avaient pas poussé. La nourriture manquait et tout le monde était devenu maigre et bien affamé. Cochon, Bœuf et Araignée, trois habitants de cette infortunée région, erraient chaque jour dans la brousse en quête de quelque chose à se mettre sous la dent.
Un beau matin, Cochon, tout affaibli par la disette, se lamente sur le chemin à l’entrée du village lorsque, compère bœuf vient à passer. Surpris de la mine florissante de celui-ci, cochon l’interpelle: « Holà, mon compère, d’où te vient ta belle mine alors que, tous ici, nous mourons de faim et tombons en faiblesse? »
Bœuf accélère son allure et passe devant le cochon sans répondre, comme s’il n’avait pas entendu la question.
Cochon comprend qu’il y a là quelque chose de louche et se met à observer attentivement son ami. Plusieurs jours de suite, il se cache dans des arbustes au bord du chemin, et voit passer chaque matin Bœuf qui va toujours dans la même direction.
Cochon
Chaque soir, Bœuf revient tranquillement au village et tandis que la faim ronge son malheureux compère, il semble lui au contraire, prendre un embonpoint de plus en plus dodu. Alors n’y tenant plus et sentant sa fin prochaine, cochon s’écrie en lui barrant la route. « Compère! Compère! Tu grossis à vue d’œil alors que je me meurs .Par pitié, dis-moi ou tu trouves tant de nourriture, ou j’appelle tous les habitants du village pour leur signaler ta conduite. A nous tous, nous saurons bien t’obliger à nous révéler ton secret. »
Bœuf s’arrête, réfléchit et déclare enfin: « Frère, tu me fais pitié. Jure-moi de ne rien révéler à personne et je viendrai à ton secours.
-Je le jure
-Demain matin, accompagne-moi dans la forêt et tu sauras tout. »
Le lendemain, tous deux s’en vont ensemble à travers la foret. Parvenus à une clairière, ils trouvent une grosse meule. Alors Bœuf s’approche et dit haute voix : « Meule, prépare-moi a manger! » En un instant, la meule prépare un bon repas et Les deux compagnons le dévorent. Quand il a fini, cochon ordonne à la meule :
« Meule prépare-moi encore à manger!» La meule obéit aussitôt. Bien repus les deux amis reviennent au village. Et, tous les matins désormais, ils vont dans la clairière et la meule magique les nourrit. Bientôt, cochon à son tour devient très gros. Ce phénomène attire l’attention d’Araignée. Il attend que ses compagnons soient revenus chez eux et va rendre visite à cochon. « Cochon, mon bon ami, aide-moi. Je vois que tu sais trouver assez de nourriture pour devenir gros et gras. Si tu ne viens pas à mon secours, je vais appeler tous les habitants du village et on saura bien te contraindre à nous dire ou tu trouves à manger! »
Cochon répond aussitôt: « Garde le silence! Si tu me promets le secret, demain matin, avant le lever du soleil, je te conduirai aux victuailles. »
Araignée
Araignée jure tout ce qu’il veut, et le lendemain à l’aube ils vont ensemble jusqu’à le lendemain à l’aube ils vont ensemble jusqu’à la clairière, trouvent la meule qui leur prépare à manger, puis reviennent au village.
Araignée, une fois rentré chez lui, s’assoit dans sa concession et se met à réfléchir. « Tout cela est bien joli. Mais Bœuf et Cochon sont des goinfres. Ils mangent trop, grossissent à vue d’œil et vont bientôt attirer l’attention de tous les villageois. Si nous sommes nombreux à connaître le secret, le meule ne voudra plus nous nourrir. Il faut que je trouve une solution! »
Il réfléchit encore, encore, encore puis il se lève et malgré la nuit, se dirige vers le foret. Quand il est arrivé à la clairière, il s’approche de la meule et lui dit :
« Meule, ne sois pas fâchée contre moi. Je vais te transporter jusqu’à ma maison pour te mettre à l’abri des curieux, et des goinfres! Laisse-toi soulever ! » Ceci dit, il se baisse, soulève la meule et la charge sur son dos. Alors la meule devient de plus en plus lourde et l’écrase.
Celui qui se croit plus malin que les autres rencontre toujours un plus malin que lui.
Conte Mina tiré de “Contes des Lagunes et Savanes,” Collection ‘Fleuve et Flamme,’ édition Edicef, 1975.