L’origine de l’igname

L'igname (yam)
L'igname (yam)

Y a – t-il quelque chose de plus important que l’igname dans nos village? Pourrait-on vivre sans des cérémonies : la fête des ignames; C’est comme si on célébrait l’anniversaire de ces gros tubercules à la brune et à la chair  blanche. Sans eux les hommes perdraient leur force, les femmes deviendrait  malades, les villages se dé-peupleraient. Et pourtant, vous aurez sans doute du mal à le croire ; C’est un chasseur courageux  qui l’a apportée aux hommes. Voici comment les choses se sont passées, ou du moins voici ce qu’on raconte à ce sujet, le soir, dans nos villages.

Selon la coutume, le cinquième jour de la semaine ne ressemble pas du tout aux autres: en effet, ce jour-là il est interdit de travailler. Personne ne peut donc se rendre en brousse pour y chasser ou cultiver la terre. On dit que les génies de l’eau et de la forêt se sont réservés ce jour pour faire leurs cérémonies. Alors, gare à celui qui ose s’aventurer en brousse: il court de graves dangers.

Gossan, le plus fameux des chasseurs de la région, n’ignore pas ces dangers quand il décide d’aller à la chasse, le cinquième jour de la semaine. Il est très brave. Il ne connaît ni la peur ni la fatigue. Il veut savoir si la coutume de ne pas travailler durant le cinquième jour de la semaine est justifiée ou non.

Au lever du soleil il prend son arc et ses flèches. D’un pas décidé, il s’enfonce dans la forêt. Peu de temps après, il est déjà si loin que les cocoricos des coqs du village ne lui parviennent plus. Il continue à marcher, s’enfonçant toujours plus profondément  dans la forêt mystérieuse. Le soleil est maintenant au plus haut dans le ciel. Continue reading “L’origine de l’igname”

Une Traîtrise de Tortue

Eklo, la tortue
Eklo, la tortue

Il était une fois une tortue nommée Eklo, qui avait lié grande amitié avec son voisin Adidi le chat.

Un beau jour, Eklo vient rendre visite à Adidi. A son arrivée, elle s’écrie :

Comme ta maison est vieille et mal entretenue, mon compère ! Ce n’est pas du tout convenable ! Regarde ! Il Ya des fentes dans tous les murs; la porte ne ferme plus; le bois est rongé de partout et plein de gros trous. J’en suis bien peinée car je comptais venir te voir avec quelques amis que tu aurais été très heureux de recevoir. Mais il faut accueillir les visiteurs convenablement.

Afi, la souris
Afi, la souris

Adidi entend les reproches de son amie. Il a honte et assure Eklo qu’il va se mettre immédiatement au travail pour réparer sa maison. Dans une quinzaine de jours, tout sera prêt pour qu’elle puisse lui amener les visiteurs annoncés. Mais la tortue avait une idée derrière la tête. Un peu avant la date fixée par Adidi, elle va rendre visite à Afi, la souris.

Chère amie, lui dit-elle, je viens te rendre visite, car tu es le chef de la communauté, afin de te transmettre une invitation. Adidi, mon compère, vient de remettre à neuf sa maison. Pour célébrer cet événement, il va donner une grande fête et il m’a chargée de te dire de venir y assister en compagnie de tous les tiens.

Souris pousse un cri de surprise et d’indignation voyons ! Est-ce que tu te moques de moi ? Crois-tu que je vais aller chez un individu qui a déjà tué mon grand-père et ma grand-mère, sans parler d’un bon nombre de membre de ma famille ?

Adidi, le chat, courant apres la souris
Adidi, le chat, courant apres la souris

Tortue prend sa voix la plus doucereuse et la plus persuasive pour affirmer :

Mais tu n’as rien à craindre. Il n’arrivera rien de mal ni à toi ni aux tiens. Tout cela, c’est du passé ! Maintenant, il faut oublier. D’ailleurs, je te d’amitié qui existent entre Adidi et moi ?

Afi fut convaincue. Au jour dit, accompagnée de toute sa famille, elle suit tortue au domicile de Adidi, Eklo les fait tous entrer dans la maison, puis se précipite à l’extérieur et ferme la porte. Adidi, qui n’attendait que cela, s’élance toutes griffes dehors au milieu des infortunées souris qui, affolées, cherchent vainement une issue pour s’enfuir. En quelques instants, il les a toutes tuées. Ensuite, Adidi appelle la trompeuse Eklo et tous deux fêtent l’événement.

Croire que ceux qui vous ont fait toujours du mal vont devenir brusquement vos amis, c’est être bien sot !

Conte tiré de “Contes des Lagunes et Savanes,” Collection ‘Fleuve et Flamme,’ édition Edicef, 1975.

Le lièvre et le baobab

Le Lievre
Le Lievre

Un roi avait une fille plus belle que toutes les femmes du pays. Et les demandes en mariage lui arrivaient chaque matin, de plus en plus nombreuses. Un jour, il fit dire dans tout le royaume:
– Je marierai ma fille à celui qui traversera d’un seul coup de flèche le gros baobab qui se dresse sur la place du village. Une fête sera donnée. Tous ceux qui veulent gagner ma fille viendront avec leur arc et leur fleche: ils essaieront leur force et leur adresse.
Le roi pensait ainsi garder toujours sa fille, car le baobab du village était plus gros qu’une case, et personne, semblait-il, ne serait assez fort pour le traverser d’un seul coup de flèche.
Mais… le lièvre avait entendu, et le lièvre aurait bien voulu épouser la riche et jolie fille du roi. Or, qui donc est plus malin que le lièvre?
Notre animal s’en alla trouver un perce-bois (insecte qui attaque le bois) de ses amis et lui dit:
– Perce-bois, mon ami, je t’ai rendu bien des services. A ton tour de m’aider. Tu vas percer de part en part le gros baobab qui se dresse sur la place du village.
L’insecte partit et se mit à l’ouvrage aussitôt. Il gratta, il rongea, il travailla avec tant d’ardeur qu’en trois jours la besogne fut terminée.
Le lièvre fabriqua une flèche assez petite pour passer par le trou; puis il ferma avec de la toile d’araignée les deux ouvertures. Tout cela fut fait si rapidement et si habilement que personne ne se douta de rien.

Le lievre et le baobab
Le lievre et le baobab

Le jour de la fête arriva. Ce furent les gros animaux qui commencèrent: l’éléphant, le lion, le buffle; mais les plus forts arrivèrent tout juste à enfoncer dans l’arbre le fer de leur flèche. Furieux, ils vinrent se rasseoir à leur place.
Le tour du lièvre était le dernier. Notre animal, vêtu d’un large pantalon bleu, d’un veston vert à boutons dorés, coiffé d’une chéchia rouge, se leva lentement d’un air fier et important.
Tout le monde éclata de rire:
– Comment, disaient les spectateurs, voila le lièvre qui veut se montrer plus fort que le lion, le buffle et l’éléphant!
Le lièvre, dedaignant les moqueries, salua humblement le roi; il salua galamment la fille; il salua dignement les grands chefs et les notables. Puis, il s’en alla à la place réservée au tireur.
Il mit un genou en terre, visa longuement et – han! – il lâcha la flèche.
La flèche partit en sifflant; elle arriva juste sur la toile d’araignée, traversa le baobab et souleva la poussière par derrière.
Un cri d’admiration s’éleva de la foule: “Le lièvre a gagné! le lievre a gagné!”
La jeune fille lui fut donnée à l’instant et il partit, la tenant par la main, tandis que sur son passage la foule s’écartait respectueusement et poussait des cris d’enthousiasme.

D’après un conte de l’Afrique noire, tiré de Contes de la Brousse et de la Forêt, de A. Davesne et al. (2eme illustration tiree du meme livre).