Le Singe et le Crocodile

Singe
Singe

Il était une fois un jeune singe très farceur et qui faisait plus de grimaces que tous ses frères réunis. Un jour, il s’amusait sur les branches d’un cocotier, tout près de la berge d’un fleuve dans lequel vivaient bons nombres de crocodiles.

Le jeune singe venait de réussir trois pirouettes particulièrement acrobatiques et se reposait en s’éventant avec les palmes de l’arbre, lorsque seigneur crocodile surgit de l’eau et rampe au soleil sur la rive.

Petit frère, dit-il d’une voix caverneuse, il me semble que tu as l’air bien triste ce soir. Pourquoi donc n’exécutes-tu pas tes gambades habituelles ?

Je crois que j’ai deviné! Tu as faim et ton cocotier ne porte pas des fruits. Regarde l’autre rive, là-bas, couverte d’arbres aux belles palmes. Vois-tu toutes ces noix de coco? Pourquoi ne vas-tu pas là-bas?

Le jeune singe pousse un soupir, se gratte l’oreille et répond:

Crocodile
Crocodile

Oncle crocodile, il y a longtemps que je les ai aperçues. J’en ai l’eau à la bouche. Mais ces cocotiers sont de l’autre cotés du fleuve. Comment faire pour y aller? Je ne sais pas nager.

-Qu’à cela ne tienne, mon petit ami. Je t’y transporterai. Tu me réjouis si bien les yeux avec tes jeux et tes acrobaties, que, pour te rendre la gaîté, je vais te charger sur mon dos. Je traverserais le fleuve et, en un rien de temps, tu seras de l’autre coté.

-Grand merci, mon oncle. J’arrive tout de suite, s’écrie le jeune animal sans méfiance. Il descend le long d’une branche et hop! saute  sur le dos de seigneur crocodile. Celui-ci se glisse jusqu’à l’eau et la traversée commence.

Quand ils sont parvenus au beau milieu du fleuve, là ou le courant est le plus vif, seigneur crocodile se met à rire:

Coeur
Coeur

Petit sot! Tu crois n’importe quelle histoire! Si je t’ai pris sur mon dos, ce n’est pas par pitié! Sais-tu que ma chère mère est malade depuis deux semaines? Pour la guérir, il n’y a qu’un seul remède, a dit le féticheur, il faut qu’elle mange le cœur d’un jeune singe! Voilà pourquoi je te transporte jusqu’à son domicile!

Petit singe réfléchit très vite et s’écrie d’un air désolé :

Quel malheur! Cher oncle, pourquoi ne m’avez-vous pas dit cela auparavant ?

Voilà qu’il nous faut rebrousser chemin! Je me suis tellement dépêché de partir avec vous que j’ai oublié mon cœur en haut du cocotier! Quel étourdi je fais! Vite! Vite! Oncle crocodile, revenons là-bas le chercher.

Singe
Singe rigole

D’un coup de queue brusque, Seigneur crocodile fait demi-tour et se dirige rapidement vers leur point de départ. Dès qu’ils sont parvenus sur la berge, petit singe saisit la branche qui lui a permis de descendre et, hop! En deux gambades, il est en haut du cocotier. A peine arrivé, il fait deux ou trois vilaines grimaces au seigneur crocodile et lui crie en se moquant de lui.

Cher oncle, qui de nous deux est le plus sot ? Qui de nous deux est le plus crédule ? Vous non plus, vous n’y voyez pas plus loin que le bout de votre nez ! Vous avez cru une histoire qui ne tient pas debout ! Quel animal pourrait vivre sans cœur, même quelques instants? Allez, ignorant! Cherchez une autre dupe!

Conte tiré de
“Contes des Lagunes et Savanes,” Collection ‘Fleuve et Flamme,’ édition Edicef, 1975.

Turtle and Spider

Anansi
Anansi

One day Anansi the spider picked some very fat and tasty yams from his garden. He baked them with much care and they came out smelling quite delicious. He could not wait to sit down and eat them.

Just then there was a knock at his door. It was Turtle, who had been traveling all day and was very tired and hungry.

Hello, Anansi,” said Turtle. “I have been walking for so long, and I smelled the most delicious yams I’ve ever smelled. Would you be so kind as to share your meal with me?

Turtle
Turtle

Anansi could not refuse, as it was the custom in his country to share your meal with visitors at mealtime. But he was not very happy, for Anansi was a little too greedy and wanted the delicious yams all to himself.

So Anansi thought to himself and came up with a scheme.

Please do come in, Turtle. I would be honored to have you as my guest this evening. Sit down, have a chair and help yourself.

Turtle came inside and sat down, but just as he reached for a yam, Anansi yelled, “Turtle, don’t you know better than to come to the table with dirty hands?

Turtle looked down at his hands and saw that they were filthy. He had been crawling all day and had not had a chance to clean up.

Turtle washing his feet

Turtle got up and went to the river to clean his feet. He walked all the way back up to the house and Anansi had already begun to eat.

I didn’t want these tasty yams to get cold, so I had to begin,” said Anansi. “But please do join me now, Turtle.”

Turtle sat down again and reached for a yam, but again Anansi yelled at him.

Turtle, did you not hear me before? It is not polite to come to the table with dirty hands!

He looked down and saw that his clean hands had turned dirty once more, since he had to crawl on them to get back to the house.

So he walked down to the river once more to wash himself off. And when he returned this time, he was careful to walk on the grass so his hands would stay clean.

Yellow yam… mmmmhhh tasty!!!

But by the time he sat down at the table, Anansi had finished up the last bit of the tasty yams and not so much as a morsel was left.

Turtle looked at Anansi for a moment and then said, “Thank you for sharing your meal with me. If you ever find yourself near my house, please let me return the favor.” And then he slowly walked out the door and continued on his way.

The days went by and Anansi thought more and more of that meal that Turtle had offered. He got more and more interested in a free dinner and finally could not stand it anymore. He set off one day to find Turtle’s house.

He found Turtle sunning himself on a river bank just around dinner time.

Turtle looked up and saw him and said, “Hello, Anansi, have you come to share evening meal with me?

Oh yes, yes!” said Anansi, who was growing hungrier and hungrier by the minute.

Turtle went underwater to his house to set up the dinner table for the two of them. Soon he came back to the bank and said, “Your place is waiting and the food is ready. Please join me, Anansi.

And then he dived underwater and began to slowly eat his meal.

Anansi
Anansi floating unable to get underwater

Anansi jumped into the water, but could not get down to the bottom of the river. He tried to swim down, but he was so light that he kept popping back up to the surface.

He tried diving. He tried belly flops. He tried a running jump, but nothing would help him get down to the river bottom.

In the meantime, Turtle was slowly eating his meal.

Anansi was not about to give up a free meal, and was running around wondering what he would do. Finally he had an idea. He started grabbing stones and rocks and stuffed them into his jacket pockets.

Now when he jumped into the water he sank right down to the bottom and was able to take his place at the table.

The table was so beautiful and full of delicious foods. Anansi could hardly believe how many tasty foods were before him and could not wait to start his meal.

But just as he reached for the first morsel, Turtle stopped eating and spoke. “In my country, we do not wear our jackets to the table.” Anansi noticed that Turtle had removed his own jacket before sitting down.

Anansi started to remove his jacket, and as soon as it was off of his shoulders, he went zooming back up to the surface and popped out onto the river bank.

He stuck his head down into the water and saw Turtle slowly enjoying that wonderful banquet.

When you try to outsmart someone, you may find that you’re the one outsmarted.

Les trois gourmands

Les 2 gourmands au marche
Les 2 gourmands au marche

Un jour, deux gourmands se rencontrèrent.

– D’où venez-vous? Demanda le premier.

– J’avais toujours faim, répondit l’autre. Chez moi, je mangeais tout ce que je trouvais: ma part, celles de mes frères, celle de ma mère et même les provisions. Alors mon père m’a envoyé me rassasier ailleurs… et vous, camarade, peut-on savoir ce qui me vaut le plaisir de vous rencontrer?

– Moi, dit le compagnon, j’ai un ventre si grand que je n’arrive jamais à le remplir tout à fait. J’ai beau manger toute la journée, l’appétit ne me quitte pas. Alors mon père m’a trouvé trop difficile à nourrir et il m’a chassé de la maison.

– Dans ce cas, reprit l’autre, nous sommes faits pour nous entendre.

Au bout d’un moment, le plus jeune pressa son ventre avec ses mains, fit la grimace et soupira:

– J’ai faim!

– Moi aussi, j’ai faim, grogna l’autre.

– Allons chercher à manger!

Comme ils arrivaient à un village, ils se dirigèrent vers le marché et achetèrent un panier plein de haricots bien cuits.

Ils allaient commencer à manger, quand le plus jeune protesta:

– Camarade! Nous avons aussi faim l’un que l’autre; nos deux parts doivent être égales; mais comment faire pour que chacun de nous ait exactement son compte?

– C’est bien simple, dit l’autre: achetons deux aiguilles, nous piquerons à tour de rôle un haricot à la fois; ainsi le partage sera bien fait.

Ils firent comme il avait dit: ils achetèrent deux aiguilles et se mirent à manger en piquant les haricots un à un. Bientot il ne resta dans le panier qu’un seul haricot, un haricot pour deux!……

– Que faire? Demanda l’aîné?

– C’est très facile, répondit le jeune: il suffit de couper ce haricot en deux parties égales.

– Mais qui donc fera la partage? Interrogea l’aîné. Si c’est moi, je garderai la plus grosse part; et si c’est toi, tu te serviras trop bien!

Statuette Fang
Statuette Fang

Un passant survint à ce moment.

– Aidez-nous, lui demandèrent les deux compagnons. Coupez ce haricot en deux parties égales.

Le nouveau venu sortit son couteau, l’ouvrit, saisit le haricot, le coupa gravement en deux parties, donna une part a chacun des deux compagnons, puis comme il ne voulait rien perdre de cette excellente nourriture, il lécha la lame de son couteau avec tant d’application… qu’il s’entailla la langue.

Dis-moi, toi qui as lu cette histoire, quel est le plus gourmand des trois?

D’après un conte de l’Afrique noire, tiré de Contes de la Brousse et de la Forêt, de A. Davesne. Illustrations tirées du meme livre.

L’Hyène, le bœuf et l’éléphant

Boeuf sauve l'Hyene en utilisant sa queue
Boeuf sauve l'Hyene en utilisant sa queue

Une hyène, qui rôdait dans la nuit, tomba dans un trou très profond. Et cette fille de misère commença de s’effrayer. Elle se haussait, mais ses pattes étaient trop courtes; elle bondissait, mais son derrière était trop lourd; elle grattait la terre, mais la terre retombait sur son museau. Elle essaya tout, dans la nuit, pour se tirer de là. Mais elle n’y put rien.

Le matin la trouva dans le fond de son trou, pleurant et appellant de toutes ses forces.

Un bœuf  entendit ses plaints. Il eut pitié, s’approcha du trou et se pencha pour regarder. L’hyène, le voyant, lui dit:

– C’est toi, Bœuf?

Le bœuf  répondit:

– Mais oui, c’est moi!

Alors l’hyène prit sa voix la plus douce:

– Oncle Bœuf, viens en aide a une pauvre malheureuse … fais-moi la charité de me laisser attraper ta queue pour sortir de ce trou.

– Hyène! répondit le bœuf , tu es une méchante bête. Tout le monde le dit. C’est toi qui viens, la nuit, mordre les jeunes veaux et les genisses de deux mois … N’est-ce pas vrai?

– On le dit par mensonge, oncle Bœuf . Peut-être, dans l’obscurité, m’a-t-on confondue avec la panthère!

– Tu es une méchante bête, répéta l’autre. Si je te sors de ce trou, tu essaieras sans doute de me tuer et de me manger!

– Père Bœuf ! supplia l’hyène. Je te jure sur la tête de ma mère, que si tu me sors de là tu n’auras pas de meilleure amie que moi.

Le nigaud eut confiance. Il laissa sa queue pendre dans le trou et, quand l’hyène l’eut saisie, il tira de son mieux.

Voilà donc l’hyène qui remonte saine et sauve. Aussitôt elle tombe sur le pauvre fou et commence a le mordre.

Heureusement, un elephant vint à passer sur la route. Il s’écria:

– Eh bien! Eh bien! Quel Malheur y a-t-il dans ce pays? Restez un peu tranquilles, voyons, et, au lieu de vous battre de la sorte, expliquez-moi votre affaire. Je vous jugerai selon la coutume et la loi.

L'Elephant et le Boeuf s'en vont, laissant derriere eux l'hyene
L'Elephant et le Boeuf s'en vont, laissant derriere eux l'hyene

Le pauvre bœuf  faisait pitié, il saignait, il boitait et il souffrait tant qu’il n’arrivait pas à expliquer ce qui était arrivé. De son cote, l’hyène essayait de raconter quelque mensonge.

– Votre histoire, dit l’elephant, me paraît compliquée et j’ai beaucoup de peine à la débrouiller. Que chacun de vous revienne où il était au debut: ainsi je saurai comment les choses se sont passées et je pourrai juger sans risquer de me tromper. Toi, hyène, retourne immédiatement dans le trou!

La coquine, aussi sotte que méchante, sauta aussitôt et reprit sa première place.

– Et maintenant, dit l’éléphant, que chacun de vous fasse ce qu’il lui plaira.

Il partit sur ces mots, content de soi, se dandinant, clignant de l’oeil, agitant ses larges oreilles, et balançant sa trompe.

Le bœuf ne jugea pas utile de recommencer l’experience. Il s’en alla a son tour, clopin clopant, riant quand même de la malice de l’éléphant.

L’hyène resta dans son trou.

On dit qu’elle y est encore.

D’après un conte de l’Afrique noire, tiré de Contes de la Brousse et de la Forêt, de A. Davesne.

Le lièvre et le baobab

Le Lievre
Le Lievre

Un roi avait une fille plus belle que toutes les femmes du pays. Et les demandes en mariage lui arrivaient chaque matin, de plus en plus nombreuses. Un jour, il fit dire dans tout le royaume:
– Je marierai ma fille à celui qui traversera d’un seul coup de flèche le gros baobab qui se dresse sur la place du village. Une fête sera donnée. Tous ceux qui veulent gagner ma fille viendront avec leur arc et leur fleche: ils essaieront leur force et leur adresse.
Le roi pensait ainsi garder toujours sa fille, car le baobab du village était plus gros qu’une case, et personne, semblait-il, ne serait assez fort pour le traverser d’un seul coup de flèche.
Mais… le lièvre avait entendu, et le lièvre aurait bien voulu épouser la riche et jolie fille du roi. Or, qui donc est plus malin que le lièvre?
Notre animal s’en alla trouver un perce-bois (insecte qui attaque le bois) de ses amis et lui dit:
– Perce-bois, mon ami, je t’ai rendu bien des services. A ton tour de m’aider. Tu vas percer de part en part le gros baobab qui se dresse sur la place du village.
L’insecte partit et se mit à l’ouvrage aussitôt. Il gratta, il rongea, il travailla avec tant d’ardeur qu’en trois jours la besogne fut terminée.
Le lièvre fabriqua une flèche assez petite pour passer par le trou; puis il ferma avec de la toile d’araignée les deux ouvertures. Tout cela fut fait si rapidement et si habilement que personne ne se douta de rien.

Le lievre et le baobab
Le lievre et le baobab

Le jour de la fête arriva. Ce furent les gros animaux qui commencèrent: l’éléphant, le lion, le buffle; mais les plus forts arrivèrent tout juste à enfoncer dans l’arbre le fer de leur flèche. Furieux, ils vinrent se rasseoir à leur place.
Le tour du lièvre était le dernier. Notre animal, vêtu d’un large pantalon bleu, d’un veston vert à boutons dorés, coiffé d’une chéchia rouge, se leva lentement d’un air fier et important.
Tout le monde éclata de rire:
– Comment, disaient les spectateurs, voila le lièvre qui veut se montrer plus fort que le lion, le buffle et l’éléphant!
Le lièvre, dedaignant les moqueries, salua humblement le roi; il salua galamment la fille; il salua dignement les grands chefs et les notables. Puis, il s’en alla à la place réservée au tireur.
Il mit un genou en terre, visa longuement et – han! – il lâcha la flèche.
La flèche partit en sifflant; elle arriva juste sur la toile d’araignée, traversa le baobab et souleva la poussière par derrière.
Un cri d’admiration s’éleva de la foule: “Le lièvre a gagné! le lievre a gagné!”
La jeune fille lui fut donnée à l’instant et il partit, la tenant par la main, tandis que sur son passage la foule s’écartait respectueusement et poussait des cris d’enthousiasme.

D’après un conte de l’Afrique noire, tiré de Contes de la Brousse et de la Forêt, de A. Davesne et al. (2eme illustration tiree du meme livre).