Posted by: humilityjoy | June 12, 2012

Comment L’Araignee obtint la Nourriture sans Travailler

Yevi, l'Araignée

Yevi, l’Araignée

Il était une fois dans un petit village, Yévi l’Araignée.  Yevi avait quatre femmes et beaucoup d’enfants.  Il possédait un grand champ qu’il travaillait avec ses fils.  Le soir, ils revenaient tous ensemble vers leur maison et partageaient entre eux la nourriture.  Mais Yevi était très astucieux et très vorace.  Jamais il ne se satisfaisait de la part de repas qu’on lui donnait et il réfléchissait constamment au moyen de s’approprier tous les meilleurs produits de son champ sans avoir à en distribuer à ses femmes et à ses enfants.

Voici la ruse qu’il avait inventée :

Un beau matin, il se plaint de sa tête et de son ventre et déclare qu’il est trop malade pour aller travailler.  Il reste donc tranquillement étendu sur sa natte durant toute la journée.  Chaque fois qu’une de ses épouses, inquiète, s’approche de lui, il pousse de sourds gémissements.  Lorsque la nuit tombe, ses fils reviennent au village et vont aussitôt prendre nouvelle de leur père.

Champs Africains

Champs Africains

Toute le famille se rassemble dans la case de Yevi et s’installe au chevet du faux malade …Quand celui–ci voit que toutes ses femmes et tous ses enfants sont auprès de lui il ouvre les yeux et d’une voix expirante leur dit :

Pauvre de moi! hélas! … hélas! … Je sens … que… Je … Vais mourir … Hélas !… Quelle douleur !…

Aussitôt, les épouses se mettent à sangloter … Yevi  reprend alors la parole.

Approchez mes fils … Approchez … Je veux vous donner mes dernières instructions…

Les garçons viennent s’asseoir tout près du soi-disant moribond et prêtent une oreille attentive aux paroles que leur père prononce d’une voix de plus en plus faible.

Après ma mort, vous irez … m’enterrer … dans mon champ … Vous creuserez un grand trou … pour y déposer mon cercueil … N’oubliez pas !… Je veux que le cercueil reste grand ouvert … Et que la tombe ne soit pas refermée … Afin que mon esprit puisse venir vous protéger tous … Autour de la tombe ,vous déposerez  en offrande les aliments qui me permettront de faire le grand voyage dans l’au-delà … N’annoncez ma mort à personne … Et si quelqu’un vous question à mon sujet, dites que je suis parti en voyage …

Un champ de maïs

Un champ de maïs

Faites cela pour moi, mes enfants, et du pays des défunts, j’assurerai la fortune de la famille.

Comme Yevi achève ces mots, un grand frisson parcourt son corps, il pousse un gros soupir, puis demeure immobile.  Femmes et enfants, le croyant décédé, redoublent de larmes.  Puis calmant leur chagrin, ils décident d’exécuter les dernières volontés de l’araignée.

C’est ainsi que Yevi se retrouve tout seul dans son champ, avec la tombe pour demeure et le cercueil comme lit.  Il se repose durant toute la journée sans rien faire.  Lorsque la nuit est tombée, il se lève et choisit parmi les victuailles déposées près de lui tout ce qu’il préfére.  Il mange sans se presser puis chante de plaisir :

AH !que les gens sont sots

De nourrir ainsi les défunts !

La vie, sans aucun travail,

Est vraiment très agréable !

Et personne ne m’empêcher

Plus jamais, plus jamais

De manger tout à mon aise…

Ensuite, il va se laver dans le ruisseau voisin, fait une belle promenade.  Puis, avant l’aube, il se recouche dans son cercueil, tout satisfait.

Or voici qu’un soir, son fils aîné nommé Agbeko pénètre au crépuscule dans le champ de son père pour cueillir quelques manuels en cachette de ses frères car il est aussi vorace que yevi lui-même.  Il entend alors une voix qui fredonne une chanson.  Glacé de terreur, il se blottit sous un arbuste et voit  le soi-disant défunt qui se prépare en chantant un repas des plus copieux.  Il écoute, observe, et bientôt il comprend comment Yevi les a tous trompés.  Alors il sort de sa cachette et s’approche de l’astucieuse araignée en disant :

Mon père, mon père, je suis ravi de vous voir en aussi belle santé et doté d’un si magnifique appétit ! Vous seriez bien inspiré en partageant avec votre fils Agbeko toute cette nourriture!  car si vous ne me donnez rien à manger, j’irai raconter dans tout le village la vilaine ruse que vous avez inventée pour abandonner votre famille.

Araignee et sa toile

Araignee et sa toile

Yevi, fort mécontent, ne peut cependant qu’accepter ce que lui propose son fils aîné.  Et toutes les nuits suivantes, Agbeko revient partager les victuailles de son père.

Mais bientôt les jeunes frères s’étonnent de ces absences nocturnes répétées.  Ils décident de le suivre à distance respectueuse pour savoir ou il va.  Ils découvrent alors la vérité et sont très fâchés d’avoir ainsi été dupés.  Ils entourent Yevi et Agbeko, s’emparent d’eux, les ficellent jusqu’à la maison familiale.

Ce conte s’achève sur une question.  O Vous qui m’écoutez, qu’auriez-vous fait à l’astucieuse araignée et à son fils aîné, si vous aviez été à la place des autres enfants et des femmes de Yevi ?  Ce qui s’est passé, personne ne l’à su.  Mais tout le monde a constaté que, depuis ce temps-là, les araignées restent prudemment cachées dans les coins de murs.

Conte tiré de “Contes des Lagunes et Savanes,” Collection ‘Fleuve et Flamme,’ édition Edicef, 1975

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